Le bio en 10 questions #2

Pas folles, les marques conventionnelles ont bien compris que le naturel devenait un argument de vente et certaines se font une joie de nous entourlouper. Parallèlement, à lire certains blogs d'adeptes du bio, on risque de se brûler vif en utilisant un shampoing avec du PEG. Hum... non. Je suis un peu effarée de voir certaines blogueues décortiquer chaque étiquette et laminer le produit en place publique. 

Pourquoi je le fais rarement ?
 1. Je suis vendue à la mafia cosmétique
1. Je souffre d'une espèce de maladie bizarre qui m'empêche de retenir les noms propres et les mots compliqués (c'est vrai, je l'ai développé en réaction à mon ancien boulot), 
2. Je ne suis pas cosmétologue ni spécialisée en chimie organique ou en biochimie
3. Je ne connais pas les formules exactes employées et je trouve grave de lapider un fabricant qui a peut-être simplement essayé de sortir un produit sympa pas trop cher, en remplaçant une huile végétale pure par une huile hydrogénée. En cosmétique, comme en mode ou en restauration, les marques "lissent" leurs prix : elles peuvent faire x 10 sur le prix de revient d'un vernis et x 2 sur un sérum, histoire d'équilibrer les prix de vente et de ne pas proposer un produit à 1 euro et un autre à 100. 

Et si je ne parle pas des produits vraiment nazes comme le produit low-poo de Yves Rocher qui est à mon avis un non-sens total et une grosse arnaque, c'est parce que j'ai déjà pas le temps de parler de tout ce que je trouve beau, chouette ou rigolo. 

Je comprends l'énervement de ces consommatrices, car si on choisit de passer au bio, c'est parce qu'on n'a pas le choix (allergies) ou au contraire, par conviction intime. Comme on vit dans un siècle de marketing, on a vite le sentiment d'être trahi si tout n'est pas à la hauteur de nos espérances mais les choses ne sont pas si simples et le green washing a une face dont on parle rarement : le lavage de cerveau de certaines marques bios qui nous assènent que tout ce qui est conventionnel est poison. Je ne suis pas d'accord. Tous les fabricants de cosmétiques conventionnelle ne sont pas des empoisonneurs, comme tous les fabricants de bio ne sont pas des escrocs. Mais il y en a quand même et ça discrédite tous les autres. 

1. Les arnaques de base du green washing (et qui marchent à 100%) : 

  • enrichi en aloé vera : le dit aloe vera est tout en bas de la liste INCI, soit 0,01 % de la compo, 
  • aux huiles essentielles : 3 gouttes diluées dans 1000 litres et qui servent juste à vaguement parfumer), 
  • à l'huile d'avocat / argan / calendula... bio : l'actif mentionné est archi connu pour ses super propriétés, histoire de rassurer le client et représente 1 % du produit, le reste est chimique avec des PEG, paraben et MIT à gogo,
  • aux extraits naturels de ... le truc est tout en bas de la liste INCI, avec de l'eau et de la parrafine en pôle position sur la compo, soit un effet soin proche de zéro. 
Idem pour les noms et les codes qui font naturel ou pharmaceutiques : utilisation des couleurs bleu ou vert, noms style ***logy, Dermo***, Bio***, Nature***., Eco***...  
Certaines marques sont des spécialistes de l'exercice et se font passer pour "naturelles" alors que les ¾ de leurs gammes ne le sont pas (Kiehl's, Yves Rocher, Corinne de Farme...).

Bien évidemment, tous ces codes ne sont pas toujours fallacieux, mais ne vous y fiez pas aveuglément. D'où l'intérêt des labels qui permettent un premier défrichage, surtout pour celles qui sont allergiques aux MIT, aux silicones, etc.


2. J'ai trouvé des vernis bios!

Hihi, ça n'existe pas. Et ça, c'est du green washing qu'on trouve partout, partout, partout, y compris chez les sites et les marques les plus sérieuses. Tapez vernis bio dans Google, le résultat est surréaliste. So'Bio Ethic a lancé en 2010 un vernis certifié bio et 100% naturel mais le résultat a déçu beaucoup d'utilisatrices donc ils l'ont retiré. On trouve en revanche des vernis exempts des produits les plus toxiques (les fameux 3-free, 4-free... jusqu'à 8-free). Pas naturels donc mais ça vaut le coup : on sent la différence entre un Avril ou un Kure Bazaar et un OPI.

3. Si c'est free paraben, c'est bon.

Non, mon Colonel. Les parabènes sont un peu l'arbre qui cache la forêt. Ces conservateurs ont été accusés d'être des perturbateurs endocriniens et de provoquer des cancers. Devant la panique générale, presque toutes les marques les ont retirés de leur compo... mais les ont remplacé par le methylisothiazolinone et on n'a pas gagné au change : il est hyper allergisant et responsable d'eczéma de contact.

Entre 2009 et 2012, les personnes allergiques sont passé de 1,9 % à plus de 6 % et depuis, les dermato allemands, anglais et français ont la main bloquée sur la sonnette d'alarme (mais peinent à être entendus).
L'association du Methylchloroisothiazolinone et du Methylisothiazolinone est explosive. Elle vient d'être interdite, sauf pour les produits qui se rincent mais si vous êtes allergique, il y a des chances que vous vous grattiez quand même furieusement après votre douche! Et on en trouve aussi dans les lessives ou les produits d'entretien.

Par mesure de précaution, depuis octobre 2014, la commission européenne a banni l'utilisation de 5 parabens des cosmétiques :  Isopropylparaben, isobutylparaben, phénylparaben, benzylparaben et pentylparaben. Le triclosan (perturbateur endocrinien et favorisant la résistance aux antibio) est toujours autorisé à 0,3 % dans certains produits. 

4. Si l'actif est top, ma crème est top.

Ben non. D'après mon expérience, les meilleures crèmes sont celles qui choisissent des excipients qui ont également un rôle actif.

Voici la liste INCI d'une crème Anne Felker, une petite marque drômoise dont je vous ai parlé : dans les excipients, nous avons de l'eau de rose, de l'huile de jojoba et de l'huile d'abricot. Ces ingrédients sont plus coûteux que de la glycérine végétale mais plus intéressants pour la peau : l'eau de rose est rééquilibrante et apaisante, l'huile d'abricot apporte des vitamines A et E.



5. Pourquoi il y a toujours des conservateurs, même dans les cosmétiques bio ?

Parce queeee, crie Mr Orangina. Parce qu'ils sont indispensables dans tous les produits qui contiennent de l'eau, pour éviter l’apparition de moisissures ou de bactéries.

Les huiles ne demandent pas de conservateurs mais elles rancissent, donc les formulateurs ajoutent des anti-oxydants (souvent la vitamine E pour le bio)


6. Quels conservateurs dans les produits bio ?

Certains labels autorisent quelques conservateurs synthétiques. Le label Nature et Progrès les interdit.
Les fabricants utilisent alors plusieurs méthodes :
- l'alcool
- des huiles essentielles naturellement antibactériennes (mais avec un risque d'allergie)
- la stérilisation UHT, comme pour le lait.
Mais la durée de conservation est souvent moindre : un produit naturel se garde en général 3 à 9 mois, contre 12 à 24 pour son équivalent conventionnel.

Les fabricants de packaging primaire ont énormément travaillé pour proposer des flacons airless qui permettent une meilleure conservation, et donc moins de conservateurs. Merci à eux.

Je m'arrête à la question 6, le reste viendra, promis. Je vais au salon Make Up in Paris la semaine prochaine et j'espère bien ramener quelques informations complémentaires, alors un grand merci pour votre patience. 

Et pour (re)lire le premier épisode du Bio en 10 questions, c'est ici.




Source photos : Viktoria Stutz

stelda

20 commentaires:

  1. vraiment cool cette série d'articles sur le bio... je vais aller relire le #1, tiens !

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    1. Merci beaucoup, Léa, c'est très gentil.

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  2. Merci pour cet article éclairant et bien écrit. Dans son livre sur la slow cosmétique, Julien Kaibeck fait les mêmes constats. Mais parfois, j'avoue qu'en tant qu'utilisatrice et bille en chimie, il m'arrive de ne plus trop savoir ce qui est bien, pas bien, toxique, mauvais pour la planète. Et s'il m'arrive encore de craquer pour des produits sans regarder les étiquettes dans le détail (de toutes façon, je n'y connais rien), je fais attention à toutes ces mentions qui nous donnent l'impression d'acheter clean. Donc merci d'en parler. Sinon, c'est vrai que le low pow de Yves Rocher, c'est nul alors? Je me demandais...
    Bon séjour à Paris!
    Maeve

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    1. Le low pow, à l'origine, c'est aussi consommer moins... donc sortir un truc spécial, ça me semble totalement hallucinant. Et plusieurs blogueuses, plus pointues que moi, ont dézingué sa compo.
      Merci beaucoup Maeve, je vais essayer d'être efficace!

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  3. J'ai une base de chimie mais comme toi, je ne décortique pas tout. Pour tout ce qui est bio, il est normal d'avoir des conservateurs : on en trouve aussi dans les vins et les plats préparés.
    Je ne connais pas le Low pow de Yves Rocher. En fait, je n'utilise pas leurs produits.

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    1. Les conservateurs dans le vin, c'est un secret bien gardé, c'est vrai qu'on n'en parle jamais.

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  4. Très bel article qui a le mérite de remettre les choses à leur place. La cosmétique traditionnel n'est pas Satan tandis que le bio dans sa robe immaculée amène la bonne parole. Pour certaines choses comme le vernie, si tu veux un bon vernis bio : n'en met pas faut être réaliste. Et surtout savoir ce que contient vraiment ce qu'on consomme (ha, YR et son greenwashing) et que les excipients ont aussi leurs importances.
    je m'en vais aller découvrir le reste de ta série sur le sujet.

    une bonne journée a toi :)

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    1. Merci Katarina. Bonne journée à toi aussi :)

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  5. Oui c'est vrai, en la matière, le bio n'est pas la panacée... mais c'est souvent mieux !
    Bon ok j'ai tout de même conservé quelques produits "conventionnels" dont je n'ai, à ce jour, pas retrouvé l'équivalent en bio. Mais sinon, depuis mon passage au bio pour les cosmétiques en 2002 (oui oui), j'ai utilisé de bons produits efficaces. Qui ME conviennent. Je pense que cela est surtout vrai en ce qui concerne produits lavants (gels douches et bain) et shampooings. Pour le reste, la famille pétrole sort parfois de bonnes choses, irremplaçables. Notamment quand la copposition est courte, efficace et sans fioritures (parfum et autres couenneries). Mais pour milles cremes visage de "je le vaux bien" (mon ucl oui), je n'échangerais plus jamais mes cremes bio.
    Merci néanmoins pour ce message très éclairant et bien vu.
    Je t'avoue que moi, les excipients, je n'en suis pas là, faut pas pousser, suis pas radicale à ce point, faut un peu lâcher le slip parfois !
    Et puis aussi, je vois BEAUCOUP le bio non pas seulement pour ma petite personne (c'est déjà pas mal) en égoïste, mais pour le bien de notre planète, la Terre tu sais, ce truc que l'on maltraite depuis des centaines d'années ! et pourtant j'ai pas pondu moi hein !
    Bref, j'essaye d'être un peu cohérente, pas facile je reconnais.
    J'attends donc la suite de tes points avec grand plaisir et intérêt.
    PS : si tu passes par Paris, pas le temps pour une pause café ?

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    1. Je suis ok avec toi : le bio est souvent mieux. Et comme je le disais dans la 1e partie sur le sujet, dans le bio, on pense à soi, à la planète... et aussi aux techniciens qui fabriquent les produits. Y a pas de raisons de s'en fiche. Mais comme tu dis, pas facile d'être cohérent à 100 %. J'essaye, je n'y arrive pas toujours, mais tant pis. faut pas non plus se ronger, c'est mauvais pour le teint et ça favorise les ulcères ^^.
      Et puis on vire vite ayatollah et c'est insupportable. C'est un peu ce que je reproche en ce moment à beaucoup de mouvements "verts" et j'avais besoin de le dire.
      J'avoue : je fais de plus en plus attention aux excipients... mais ça n'engage que moi.
      Je te fais signe dès que j'ai une halte parisienne mais là, ça va être chaud. J'enchaîne non stop pendant 2 jours et j'ai déjà dû supprimer 2 interviews, because manque de temps.

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  6. Encore un bel article, nous apprécions vos arguments toujours bien nuancés !
    Comment nous, simples consommatrices et non pas des chercheurs en chimie,qui essayons de lire les étiquettes écrites en lettres minuscules (on fait donc tout pour décourager la lecture...) pouvons-nous faire le bon choix ? Nous voulons le bon produit pour nous, bien sûr, mais aussi être responsables envers notre environnement. Il faut donc que les journalistes ou critiques indépendants fassent ce travail pour nous, pour que nous puissions choisir.
    Nous attendons la suite de votre article
    PS On pense au jean stonewashed, qui a nécessité des dizaines et des dizaines des litres d'eau ! Lorsqu'on voit des manifestants écolos et engagés qui portent ce vêtement ! Pour la cosmétique c'est un peu pareil, on n'est pas à un paradoxe près...

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    1. Merci beaucoup, chères Matchingpoints.

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  7. C'est grâce à ce genre d'article que j'arrive à faire des choix qui -je le pense - sont de plus en plus judicieux. Merci Stelda !
    claire

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    1. Si ça t'aide, j'en suis ravie. C'est vrai que c'est compliqué de s'y retrouver et j'avoue que ça m'a pris pas mal de temps... Je suis contente de vous partager ce que j'ai appris à droite et à gauche.

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  8. Mais dis, cette série va finir par s'appeler le bio en 20 questions, non ? Haha !!
    Tant mieux, ça ne fait pas de mal de rappeler quelques règles, et les noms de certaines cochonneries peuvent être répétés plusieurs fois pour que ça rentre mieux (perso, j'essaie, mais une fois devant le flacon, je me dis "mais c'était quoi, déjà, le truc pourri à éviter absolument?"...).
    C'est pas évident particulièrement pour le maquillage, c'est sûr, et même pour les vernis, on finit par se demander par exemple si Essie est toujours 3 free, si Mavala l'est, parce que Kure Bazaar c'est pas mal mais ça tient moins bien et c'est plus cher... Et le dissolvant, alors là... gros chantier ! Le truc huileux de Une est moyen, et les eaux de Kure coûtent un bras, alors si tu as des idées, elles sont bienvenues :-)

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    1. @Gaëlle : il y a Santé qui fait un dissolvant vraiment efficace, qui pue pas trop (car oui un dissolvant qui pue pas, bio, connais pas). Je l'utilise sur mes vernis...Mavala ! Yep, pas bio mais j'assume. Ils sont beaux, petits flacons avec des billes dedans.

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    2. @ Gaëlle : Mavala est 5 free. Pour Essie, je ne sais pas. Les Kure Bazaar ont des couleurs si jolies... dommage qu'ils ne fassent pas de mini formats!

      @ Eveange66 : Mavala for ever :) Ces mini formats sont vraiment géniaux. Ceux d'Avril sont très bien aussi et encore moins chers, mais le choix de couleurs est moins large.

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    3. @Eveange66 : merci !! Je vais aller jeter un oeil, et je vois que Stelda vient de faire un post sur le sujet, youpi !
      @Stelda : Mavala est 5 Free ?? Je ne savais même pas que ça existait... Sérieusement, j'aime beaucoup les vernis Mavala, ils vieillissent bien (contrairement aux Essie), tiennent bien et ont une belle palette :-) Je viens de racheter Paris et Juicy d'ailleurs !

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  9. Il faut reconnaitre que beaucoup de fabricants de cosmétiques conventionnelles jouent avec notre santé. En utilisant des perturbateurs endocriniens, ou autres joyeusetées dans leurs compos... Ils se dédouanent tous en disant qu'aux doses utilisées dans un produit il n'y pas de problème, tout en sachant qu'on utilise tous plus d'un produit et que l'accumulation elle pourrait être nocive.
    J'avoue que j'en utilise quand même encore un peu mais que je les évite de plus en plus en produits de soin, et que j'évite totalement le methylisothiazolinone, un dermato m'ayant déjà dit début des années 80 de l'éviter.
    Je suis de plus en plus pour le principe de précaution.

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    1. Oui, tout à fait. Un produit ou 2, ça va, mais 10, bonjour les dégâts. Et entre le maquillage, la douche, les crèmes... et les produits d'entretien pour la maison, on est vite exposé à 10 produits.

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