Le mystère Zahia


Cette diction appliquée, à l'accent un peu étrange, avec ses O très ouverts, ces yeux de poupée surdimensionnés, cette cambrure si marquée qu'on a mal aux reins pour elle : Zahia est un OVNI. Le reportage de Hugo Lopez aussi. Je crois qu'un travail journalistique est réussi quand il modifie les a priori du lecteur ou du spectateur et Zahia de Z à A a bouleversé ma vision de Zahia. Pauvre petite fille étrange, cassée de l'intérieur, qui vit entre des coussins roses et une baignoire en forme de coeur, se caresse les cheveux sans cesse et se cache derrière des faux cils extravagants... Mais il y a du dandy, chez Zahia, dans cette façon de construire sa vie et son image comme une armure qui la dévore et Hugo Lopez a filmé la jeune femme avec beaucoup d'intelligence et d'humanité.

Qui est Zahia ? En 2012, sa collection m'avait laissé dubitative. Pour ce que j'en avais vu, les finitions étaient parfaites, les matières superbes mais la maigreur des mannequins m'avait choquée et je trouvais l'ensemble vraiment too much : le coup du paquet cadeau et des noeuds-noeuds partout, bof. Non merci. J'avais la désagréable impression d'une adulation de la femme objet dans toute sa splendeur. En regardant Zahia de Z à A, j'ai eu un peu honte de mon snobisme. Ce qui me semble une montagne de kitch est juste sa passion. Et finalement, qui suis-je pour juger du bon goût ? 

Zahia aime les robes très serrées "parce que ça l'aide à se sentir bien", les films égyptiens des années 60 et a peur du temps qui passe. Drôle de femme poupée qui voit le corps féminin "comme une oeuvre d'art", puis qui murmure : "Il ne faut pas s'empêcher de faire des choses qui nous rendent heureuses, parce que certaines personnes dictent le contraire."


Depuis, Zahia a abandonné sa choucroute blonde pour une chevelure miel plus sage. Une transformation qui n'est pas sans rappeler celle de Posh, alias Victoria Beckham.


"J’allais faire un film sur Zahia, une sorte de mythe contemporain, avec ce qu’un mythe peut avoir de triste et de beau. Icône médiatique, peut-être la personnalité française la plus scrutée, fantasmée du moment. Je la suivrai pendant plus d’un mois.

Plus tard, je lui expliquerai qu’il faut qu’elle parle de tout, pour pouvoir tourner la page. Elle le comprendra, et l’assumera, avec ses mots. Je ne les traduirai pas. Je ne la brusquerai pas. Ses silences et son regard en diront souvent plus long. À chacun de lire entre les lignes, sa vérité. Et quand à la fin du film, après son défilé, sortie d’une boîte de poupée et assise au fond de sa berline, elle pleurera, je ne saurai jamais vraiment pourquoi.

Je continuerai à croire qu’elle non plus ne le sait pas. Et je me souviendrai que le premier jour où je l’ai rencontrée, c’est ce mystère que je voulais montrer." Hugo Lopez, in Le Plus, 22 janv. 2013



A lire : "Pourquoi j'ai voulu réaliser un documentaire sur Zahia", par Hugo Lopez

Le film : Zahia de Z à A, 1 h 15'.

stelda

4 commentaires:

  1. Très joli texte, Stelda, vraiment très joli texte.

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    1. A la première image, je l’ai trouvé ridicule et puis un quart d'heure après, plus du tout. Je ne regrette pas d'avoir vu ce documentaire.

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  2. Nous n'avons pas vu ce documentaire, donc pour le moment nous avons encore nos a priori. Pour nous c'est un objet "fabriqué", rien ne semble naturel, avec une bonne équipe qui fait tourner la machine. Elle réalise une carrière à l'américaine où son genre "poupée Barbie" plairait.
    Qu'elle soit gentille, touchante et désarmante, peut-être. Mais nous ne comprenons pas son succès.

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    1. Il y a du vrai dans ce que vous dites mais ce documentaire montre une autre facette, plus intéressante. Je crois que son succès répond aux rêves de notre société...

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