Avancer




J'ai passé une semaine dans un état second. Déjà, en temps ordinaire, je suis du genre à me poser des questions. Là, j'étais prête à m'inscrire en fac de philo. Une centaine de réflexions ont tourné dans ma tête pendant des jours (et des bouts de nuit). Je les ai écrites, ça faisais un long serpent bizarre qui zigzaguait. Je ne savais pas quoi en faire, j'ai failli le poster mais non, parfois, c'est bien de prolonger un peu la minute de silence, mercredi, c'était un décès commun, on a tous perdu quelque chose. Pour certains, c'était des frères, des pères, des soeurs, des filles, des collègues, des voisins. Pour d'autres, c'était Charlie Hebdo,  une vision de la France, l'idée qu'ils se font de la liberté, leur foi, leur confiance ou leurs rêves de jeunesse. Laissons chacun faire son deuil à sa manière. 

Et puis, il y a un moment où on a épuisé le stock de questions, l'instant où tu réalises que tu ne pourras pas apporter la réponse. Il y a le vide. Un moment où il faut bien revenir. Relancer les gens qui ne répondent pas aux demandes d'interviews, rendre les articles commandés, faire le ménage. 

J'ai cru que je ne pourrai plus jamais rire. J'ai vu un dessin, deux dessins, faits par des dessinateurs que je connais. Ils osaient rire. J'ai pensé que oui, l'humour était une bonne façon de se battre, et surtout l'auto-dérision. La semaine est passé, j'ai arrêté de chialer. Pas toute seule, hein, j'ai suivi le conseil d'une amie qui m'a dit "J'ai décidé de ne plus voir le mal".
Fastoche, en tout cas, plus à mon niveau que de changer la politique internationale/pénale/diplomatique/médiatique/... et j'en passe, alors on va commencer par là. Après tout, ce blog, je l'avais ouvert pour (m')offrir un peu de bonne humeur. Ca ne veut pas dire qu'on se transforme en autruche mais que le principe d'optimisme est plus que jamais d'actualité. 
Et franchement, le bilan des trois derniers jours est positif : 

  1. J'ai profité de l'occasion pour offrir une leçon de #VivreEnsemble appliqué à Lutin n° 2 et Lutin n° 3. C'a pas mal fonctionné, il n'y a eu que 18 bleus et zéro cheveux arrachés ces derniers jours.
  2. J'ai mis la kiosquière dans ma poche en lui offrant un café ce matin (et sans lui demander de me réserver de Charlie Hebdo).  
  3. J'ai eu un silence royal dans mes boîtes. Genre 5 mails par jour contre 175 habituellement. La vie sans communiqués de presse, c'est beau. Je ne sais pas si toutes les attachées de presse de France étaient aussi tétanisées que moi, ou si elles ont eu le bon sens d'éviter le SAVE THE DATE FOR OUR BEAUTIFUL PARTY !!! pendant 5 jours mais le résultat est là, une minute de silence qui dure des jours, ça fait du bien. 
  4. J'ai compris pourquoi je n'avais pas de page Facebook jusqu'à l'an dernier et je me demande si je vais la garder... ou alors, il faut que je cache tout le fil d'actu (c'est possible ??). 
  5. J'ai trouvé ma résolution de l'année : tourner 7 fois ma langue dans ma bouche
  6. ... et 77 fois ma main au-dessus du clavier, pour ne pas obliger ceux qui me suivent pour mes modasseries à subir ma revue de presse politique. Et vice-versa. 
  7. La moitié de la France a oublié les soldes. C'est dommage pour les commerçants qui ont subi une baisse de chiffre d'affaire atteignant parfois 25 % mais c'est la preuve que finalement, on n'est pas encore tou(te)s nu(e)s. 
  8. Finalement, je peux sortir sans mascara. Et même couvrir une manif sans vernis à ongles.
  9. ... preuve que j'étais toujours moi, j'avais enfilé des talons de 12 cm sans me demander comment j'allais faire pour monter sur les bancs pour prendre des photos!
  10. J'ai vu le vrai visage de certains et franchement, il y a beaucoup de gens intelligents, si, si!
  11. Pour la première fois depuis les manifestations contre la guerre en Irak, j'ai vu des gens marcher ensemble et ils ne savaient même pas si le voisin avait les mêmes idées politiques. On partage plus de valeurs qu'on ne croit, en tout cas l'essentiel. Vous ne me croyez pas ? Si, je vous jure, c'est l'essentiel. La preuve en images.


Photos : Stelda

stelda

16 commentaires:

  1. :) tout pareil... j'ai ecrit non pas une mais deux fois sur le positif en 3 jours, c'est encore plus important en temps de crise...
    (rassure moi, pas d'accident de talon de 12, perchée sur un banc?)

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    1. Nan, j'ai eu plus de chance que la malheureuse ministre danoise qui s'est écrasé sur le perron de l'Elysée!

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  2. tout pareil aussi, et en plus, j'ai eu une envie croissante de dessiner (mais les larmes sont toujours au fond de la gorge et c'est dur de retrouver l'envie, y compris celle de se changer les idées)

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    1. C'est le premier dessin le plus dur. Ou le premier article. après, ça revient ;)

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  3. Ben moi j'aime bien aussi tes revues pas modasses ;))
    J'ai l'impression que les gens ont vu vraiment le danger que représente le non-respect de la liberté de la presse, de penser, de dire les choses, d'où un regain d'intérêt pour les infos, pour les "dissidents" de la presse...il paraît que le Canard Enchaîné n'a jamais été aussi bien vendu lui aussi. Les gens ont des désirs d'irrévérence comme en réaction à la tentative de museler les contestataires. Il ne faut donc pas désespérer....

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    1. On va alterner modasseries et non-modasseries, alors ;). Le Canard de cette semaine a été tiré à plus de 900 000 exemplaires, conte 470 000 d'habitude. Je l'achète toutes les semaines et là, j'ai eu du mal à le trouver. Une kiosquière m'a dit "Les gens sont pris d'une espèce de fièvre compulsive, même s'il n'y a plus de Charlie ou de Canard, il faut qu'ils achètent quelque chose! Alors ils prennent Le Figaro, Libé, le journal local qui a aussi été en rupture de stock, comme Libé." Marianne marche bien aussi. Et les abonnements se multiplient.
      A Tours, à 10 h du matin hier, dur de trouver un Libé ou un Canard. Tant mieux et pourvu que ça dure!

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  4. Une semaine étrange a se poser des questions sur ces comportements tellement inhumains.
    Pour la vente, vendredi dernier a été une journée noire mais je la comprends tellement.

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    1. C'est peut-être là le point essentiel de ces évènements : ils nous amène à des questions philosophique. C'est quoi la liberté d'expression ? La liberté de conscience ? Quelles sont nos valeurs ?

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  5. On était sonné, et on a du mal à se remettre ! Cette forme d'union passagère a réchauffé nos cœurs, mais maintenant il va falloir revenir vers une réalité qui ne sera pas facile à gérer !

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    1. Oui, le plus difficile est devant nous.

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  6. J'ai terminé 2014 et commencé l'année avec un moral très bas, et puis le 7 est arrivé...plus envie de rien...

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    1. J'ai remarqué la semaine dernière que les gens se parlaient plus dans la rue, les boutiques. Si le plus dur est à venir, le meilleur aussi :).

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  7. je voudrais que cet élan de solidarité perdure, mais j'i l'impressions que cela se fissure déjà...
    Je t'embrasse

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    1. A nous de le faire durer. Je suis sûre que c'est possible :) D'ailleurs, tu es un bel exemple de bonne humeur et de gentillesse contagieuses. Gros bisous, Sylvie

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  8. Ça été un vrai choc, pourtant je ne lis pas Charlie Hebdo mais Hara Kiri mon père aimait bien, moi gamine je me marrais la bouche derrière les mains parce que c'était quand même olé olé (je pèse mes mots lol). Mais je trouve que c'est retombé trop vite cette solidarité, cet élan. Les manifs contre la couv' à l'étranger (avec des morts, encore), les positions de certains sur la liberté d'expression, les positions des autres sur la religion, bref ça me fait poser pas mal de questions sur ce que je pense, ce que je crois. Au moins ça me fait travailler le ciboulot c'est pas mal lol Bisou!

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    1. Oui, ç'a l'avantage de nous remettre en question. Bisous, Woody :)

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