Un procès d'assises


Code du travail Code Pénal illustrationPour aborder la chronique judiciaire, nous avons assisté à un procès en appel. Deux jeunes gens étaient jugés pour tentative de meurtre et violences sur un lycéen de 17 ans. Il n'y avait a priori aucune raison à leur acte. Les accusés avaient déjà été condamnés par une cour d'assises et faisaient appel.


Au-delà de la brutalité des faits rapportés, c'est l'absence de remords qui a le plus touché la victime, la cour et nous, les élèves-journalistes. L'absence de public également nous a impressionnés : comme si ce crime était banal, comme s'il était courant qu'un lycéen de 17 ans soit battu, frappé à coups de couteau, sans aucune raison, par des gens qu'il croise au coin d'une rue. 


C'est vrai, beaucoup de choses étaient banales dans cette affaire : deux jeunes hommes élevés sans père, dans des milieux défavorisés, refusant la contrainte du travail. Pourtant, tous ceux qui grandissent dans une situation difficile ne collent pas de coups de couteau à un inconnu croisé dans la rue. La banalité n'est pas la normalité.

Pour l'avocat général et les experts psychiatriques, la victime, en résistant à Samir qui l'agressait, a réveillé sa faille narcissique ; humilié d'avoir été jeté à l'eau, le caïd a voulu "anéantir la cause de son humiliation". Les deux agresseurs étaient considérés par les psys comme normales.

Les auditions ont été très calmes, si calmes que l'un des avocats de la défense, un peu potache et qui, visiblement, craignait de s'endormir, a décidé de l'égayer par quelques sorties théâtrales.

Nous, on ne dormait pas. On posait des questions aux avocats à chaque interruption d'audience (et là, vous bénissez la clope qui crée un lien!). On réalisait à quel point cet univers étranger était une bulle, avec ses rites, ses codes. On regardait chaque détail, on scrutait chaque mimique et on grattait. J'ai pris 40 pages de notes en 3 jours.

On naviguait entre l'ordinaire et l'extraordinaire.
Le cadre du palais de justice qui ressemble à une église : ça sent la pierre et le vieux bois, on se lève, les mains croisées, comme à la messe, quand l'huissier crie d'une voix forte "la Cour!". On se rassoit docilement, on vérifie que son portable est bien éteint. On étouffe ses raclements de gorge et on n'ose pas s'éclipser pour aller aux toilettes. On attend sagement une suspension d'audience que la présidente, magnanime, accorde toutes les 2 heures.
On dévisage un peu la victime : elle est comme vous et moi. Et les accusés aussi. On croise leurs frères tous les jours dans la rue, on les frôle dans les couloirs du métro.

Et puis on écoute, religieusement. Les experts qui dévident leur langage ésotérique : "faille narcissique, stress adapté, syndrome post-traumatique".
La victime, qui est obligée de ressasser encore et encore ses souffrances, de raconter sa douleur qu'elle doit exhiber haut et fort pour ne pas qu'on l'oublie parce que oui, les accusés prennent la parole et finalement, ils parlent plus qu'elle. Ils  se justifient. Ils n'ont pas fait exprès. "Mais vous savez qu'un couteau c'est dangereux ?" demande doucement le juge. "Ben oui, tout le monde le sait." Ils justifient même l'injustifiable. Un couteau qui se plante à deux reprises en pleine poitrine n'est donc qu'un accident totalement indépendant de leur volonté.
Les témoins, qui reprochent presque à la victime d'avoir osé pourrir leur soirée : "On n'était pas venu pour ça. On était dégoûté que la soirée se finisse si mal." La victime baignant dans son sang, elle, a passé une bonne soirée. Saloperie de victime, qui ose se plaindre!
Les avocats, chacun dans son rôle. La partie civile qui rappelle calmement les faits : deux hommes violents, un adolescent blessé, personne qui appelle les secours. Les avocats de la défense qui minimisent : ce n'est qu'une bagarre, qui aurait pu s'arrêter à quelques coups de poings. C'est vrai, c'est normal, les coups de poing. Et puis, qui nous invitent à "partager l'émotion" autour du passé de leurs clients.
La présidente, lucide, froide, patiente avec les témoins, maligne avec les experts.
Un peu comme au loto ou à l'annonce des résultats du bac, on guette la fin de la réquisition en retenant sa respiration. Puis le verdict.




"Rien n'est beau, rien n'est laid", plaida ce jour-là une jeune avocate.
Il y avait néanmoins ce contraste saisissant entre l'allure pondérée de Franck et la sauvagerie dont il avait témoigné à l'égard de Joffrey. Un homme aux airs de premier de la classe, presque de curé, qui frappe, encore et encore, comme s'il avait besoin de se rendre plus fort en donnant tous ces coups. Samir et sa gueule d'ange, soigné, les traits lisses, l'œil un peu moqueur, la coiffure travaillée, qui assure avoir changé, avoir mûri grâce à la prison et y suivre religieusement une thérapie puis, deux jours après, agonit d'injures la juge, les jurés et hurle qu'il n'en a rien à foutre.
Il y a surtout, ici, la force extraordinaire de la jeune victime qui réussit s'échapper malgré deux plaies béantes en pleine poitrine et une hémorragie impressionnante (3 litres et demi de sang). J'avais déjà assisté à un procès pour assassinat. Chaque fois, j'ai été frappée par la dignité des victimes et de leurs proches et l'absence de remords des accusés. Chaque fois, les agresseurs se dédouanaient de leurs actes, pour un peu, c'étaient ces fichues victimes qui leur avaient gâché la vie. 

«Par effraction, écrit Stéphane Durand-Souffland, chroniqueur judiciaire au Figaro, j’entre dans des vies qui ne sont pas la mienne et ne lui ressemblent en rien, mais me conduisent malgré moi à m’interroger sur ma vie.» Aucun d'entre nous n'est sorti indemne de ce procès. Pourtant, nous avions la meilleur part : spectateurs, nous retournions ensuite à nos petits papiers, nos petites affaires, notre petite vie dont les difficultés semblent bien dérisoires. Difficile d'imaginer ce que vivaient la victime, les accusés, leurs familles. Ces trois jours nous ont renvoyés à de multiples interrogations. Comment défendre l'indéfendable ? On fait quoi quand la vie bascule ? Est-ce qu'on crie vengeance ou on essaye d'avancer, de vivre différemment, envers et contre tout ?
 Qu'est-ce qui fait passer de la violence "ordinaire" au meurtre ? Peut-on vivre sans remords ? Mais comment exprimer des remords quand on s'est construit grâce à une carapace ? Les proches peuvent-ils être à ce point dans le déni ?
Il faut être bas du plafond pour croire que la prison peut "améliorer" un homme, la plupart, au contraire, craquent ou s'endurcissent encore plus. Mais on fait quoi ? On laisse des personnes dangereuses dans la nature ? (il y a des alternatives très intéressantes à l'étranger dont la France pourrait s'inspirer)


Oui, un tribunal nous renvoie à notre humanité : la peur, la vie, la mort, la haine, l'amour. Le doute. La conscience. Est-on encore un homme lorsqu'on en est privé ? Mais qui peut sonder les consciences ?

Ici, chacun réécrit l'histoire, contorsionne les faits. Dans tous les cas, les familles des accusés sont jugées elles aussi. Quoiqu'elles aient fait ou n'aient pas fait. Et la victime garde sa peine à perpétuité.

CHRONIQUE

Ce vendredi, la cour d’appel a condamné Samir à 15 ans de réclusion criminelle pour tentative de meurtre et son complice, Franck, à 8 ans d’emprisonnement pour violences en réunion. Les jurés ont confirmé les peines infligées en première instance à Orléans et sont allé au-delà des réquisitions de l’avocat général. Les brillantes plaidoiries de la défense n’ont pu faire oublier la violence des coups portés à Joffrey.


Etait-ce le froid ou l’effroyable banalité des faits jugés ? La salle d’audience du tribunal de Tours était presque déserte durant les trois jours du procès. Même le banc de la presse était vide. Tout au fond, une grande femme impassible et solitaire suit attentivement les débats. Elle a fait appel à un ténor du barreau tourangeau, Maître Chautemps, pour défendre son fils, Franck. Pour elle, « 8 ans, c’est trop lourd. Ce n’est pas lui qui tenait le couteau. Sans Samir, il ne serait pas jugé en cour d’assises. »
Ici, chacun réécrit ses souvenirs. Pour Samir, « ce n’est pas sa faute s’il est comme ça ». Il voulait travailler dans le bâtiment. « Pourquoi n’avoir pas repris votre formation de plaquiste ? », s’étonne la présidente. Il élude la question, comme beaucoup d’autres. Samir a la mémoire sélective. Il se rappelle avoir commencé à boire dès 13 heures le 6 juillet 2009 mais ne sait plus pourquoi, dans la nuit, il interpelle brusquement Joffrey puis le frappe. Il reconnaît lui avoir aussi porté des coups de couteaux « mais je voulais lui faire une cicatrice ou deux. » « Vous avez réussi. » confirme la juge, sarcastique. L’arme perce les poumons gauche et droit, un troisième coup atteint le bas du dos. « Je visais le genou, je voulais le piquer. » « Vous visez bien mal… », rétorque la présidente.

Derrière ses petites lunettes cerclées, Franck aussi se redessine. Poli, posé, donnant du « Mme la Présidente » à l’excès, il présente mieux que son comparse. Il a fait des études supérieures. On peine à l’imaginer donnant des coups de pieds dans la figure de la victime, jusqu'à lui casser une dent. La juge brise cette façade d’une voix froide : « Cette année, la cour de Créteil vous a condamné à 4 ans de prison pour des violences sur un enfant, un enfant très jeune, votre propre enfant. » Battue de sa naissance à ses quatre mois, le bébé avait été hospitalisé pour des fractures multiples aux bras et aux jambes, des ecchymoses, des griffures sur le torse. L’assistance se pétrifie. On bascule de la banalité d’un passage à tabac entre jeunes hommes à l’horreur. Le juré n°4 est tétanisé. La jurée n° 3 pleure, une autre se cache le visage dans les mains.

Franck admet seulement avoir donné « deux ou trois tartes derrière la tête de Joffrey». Des tartes qui provoquent des ecchymoses mesurant jusqu’à 18 centimètres de long et 6 centimètres de large. Roulé en boule « comme un fœtus », terrifié, Joffrey tente de se protéger. Samir sort de l’eau, « hystérique », rapportera un témoin, le couteau à la main. C’est Tony, un ami de Samir, qui s’interpose pour tenter de ceinturer les deux agresseurs. Couvert d’urine, crachant des bulles de sang, Joffrey parvient à se relever, courant à travers les bois. Il entend son agresseur le pourchasser. « Je me suis caché sous des feuilles, comme un lapin. » Il se traîne, escalade une grille avec l’énergie du désespoir et parvient à alerter des riverains. «Je vais mourir ! » entend hurler l’un d’entre eux qui appelle la police.

Les huit témoins de la scène se succèdent à la barre et chacun trie ses souvenirs. Alexandra, la compagne de Samir et leur amie Christelle « ne se souviennent pas ». Tony, lui, est très précis : Samir essuie son couteau dans l’herbe, son ami lui roule un joint pour le calmer. « Et tout ce beau monde est reparti bien tranquillement, s’indigne l’avocat général. Ils ont vécu leur vie comme si de rien n’était. »

Malgré « les trous de mémoire bien commodes » des accusés, Maître David refuse d’être « un distributeur de peines » et veut prendre en compte la personnalité des agresseurs. Samir, avant-dernier d’une fratrie recomposée de sept enfants, élevé par « une maman seule, fragile qui n’est pas là aujourd’hui non plus, » s’est construit dans la violence : « C’est son seul mode de communication. » Mais la prison, la présence de sa compagne et de leur bébé de 2 ans peuvent l’aider à avancer.  De son côté, Franck doit accepter la gravité des faits.

La défense de Samir rappelle les claquements de porte, les hurlements dans l’appartement de HLM. La mère seule qui boit, qui traîne un cancer, qui vivote de ménages, qui erre d’amants en « beaux-pères ». Le père violent mais travailleur, qui abandonne son fils à l’âge de 3 ans,  puis veut mater l’adolescent devenu difficile. De son côté, Maître Chautemps se désole de la faiblesse de Franck, le "pauvre Franck, jamais au bon endroit au bon moment".

Face à ces deux balafrés de la vie, Joffrey, assis entre son père et sa mère, semble avoir la bonne place. L’enfant choyé a pu suivre les études de son choix : un CAP de graphisme. Il a fait du judo, du surf, du tennis. Mais lui ne parvient pas à éroder ses souvenirs. Il est hanté par l’agression. Pour le psychiatre qui l’examine, « c’est un cas de stress post-traumatique classique. Ces souvenirs pourrissent la vie, parfois à perpétuité. » Une peine confirmée par l’expert psychologue : « Personne ne doit voir sa propre mort : lorsqu’on y est confronté, c’est une plaie qui ne se referme jamais. » Joffrey n’ose plus prendre les transports en commun. Interrompt sa scolarité. Arrête le sport. S’isole. Ses parents, dignes, solides, l’ont porté à bout de bras après l’agression : « On l’emmenait partout. Il ne pouvait rien faire seul. »  Là où Samir répond d’une voix un peu hachée « C’est pas de ma faute si j'étais comme ça », Jacqueline A. affirme d’une voix claire : « Nous avons vécu l’enfer. » En entendant Maître Célérier décrire son calvaire, Joffrey pleure, la tête dans les mains. Sa mère se mouche. Son père soulève ses lunettes et se frotte les yeux.

« Dans un procès, il y a toujours une phrase qui marque » plaidait Maître Sophie Elharrar. Celle dont se souviendra longtemps la cour est le cri de rage de son client face au verdict : « J’en ai rien à foutre! Je sortirai de prison plus balèze que j’y suis rentré. » Les policiers l'entraînent alors qu'il fait un bras d'honneur. Franck, lui, reste impassible. C'est sa mère qui crie, du fond de la salle : "Tiens-toi tranquille, on va interjeter."
Stelda



Le fonctionnement d'une cour d'assises :

Les assises jugent les crimes : meurtre, tentative de meurtre, enlèvement, assassinat (meurtre prémédité), fabrication de fausse-monnaie (crime contre l'Etat), viols... Les procès sont publiques, tout le monde peut y assister (sauf lorsqu'ils sont à huis-clos, ce qui est généralement le cas des procès pour viols ou impliquant des mineurs). Les peines encourues sont de 10 ans à perpétuité. 
L'avocat général représente la société. C'est lui qui requiert la peine. La partie civile représente la victime, qui porte plainte en son nom. Même si la victime ne porte plainte, l'avocat général peut le faire au nom du Parquet. La défense représente le ou les accusés. La cour rassemble 6 jurés (9 en cour d'appel) âgés de plus de 23 ans, tirés au sort sur les listes électorales et 3 magistrats (le président et 2 assesseurs).
Comme les jurés ne connaissent pas l'affaire, le procès la balaye le mieux possible.  Le président récapitule les faits : les enquêteurs, les experts et les principaux témoins sont auditionnés. C'est "l'instruction". Ensuite, il y a les plaidoiries, puis la cour se retire pour délibérer et revient annoncer son verdict.
A chaque étape du procès (interrogatoires, plaidoiries), la défense a toujours la parole en dernier. Les accusés peuvent aussi s'exprimer personnellement avant les délibérations et après le verdict.

Pour aller plus loin : 

Les homicides baissent mais les tentatives d'homicides augmentent fortement : une analyse complète du Figaro. Les femmes sont moins violentes (15 % des auteurs) mais représentent un tiers des victimes.

Ceux qui racontent les procès : rencontre avec un chroniqueur judiciaire.


Le Bruit des trousseaux, de Philippe Claudel : 
« Le regard des gens qui apprenaient que j'allais en prison. Surprise, étonnement, compassion. "Vous êtes bien courageux d'aller là-bas!" Il n'y avait rien à répondre à cela. Le regard me désignait comme quelqu'un d'étrange, et presque, ,oui, presque, quelqu'un d'étranger. J'étais celui qui chaque semaine allait dans un autre monde. Je pensais alors au regard qui se pose sur celui qui dit : "Je sors de prison." Si moi, déjà, j'étais l'étranger, lui, qui était-il pour eux ? » 
Philippe Claudel a été enseignant en prison durant une bonne décennie. Il partage ces moments bruts, abrupts, sans compassion, sans affectation. 


Plus de 100 chroniques judiciaires parues dans Le Monde depuis 1944. Ils sont tous là. Laval et son arrogance, Gaston Dominici et ses pauvres mots, Petiot et son regard, Salan et son silence, l'écolier d'Oradour-sur-Glane et ses souvenirs, Coco Chanel et son maître d'hôtel, les suppliciés de Barbie et leurs cauchemars, la mère infanticide et son fardeau, le vieux mari et sa détresse, François Besse et sa sagesse, Zoé et son amour perdu, Polnareff et ses fesses, Robert Badinter et sa voix, Xavière Tiberi et ses pulsations... Tous, célèbres ou anonymes, vivants ou morts, accusés ou victimes, simples témoins ou ténors du barreau, petits et grands juges qui ont défilé dans les prétoires et dans les colonnes du Monde. 


Frissons d'assises : l'instant où le procès bascule, de Stéphane Durand-Souffland 
Tous les grands procès d'assises connaissent un point de bascule, un moment précis qui résume l'audience et, parfois, en détermine l'issue. Revirement spectaculaire d'un témoin, aveux inattendus d'un accusé, plaidoirie d'un avocat, ces instants constituent un condensé d'émotion et de tragédie. Ils font de la cour d'assises un théâtre du réel. Guy Georges, Michel Fourniret, Yvan Colonna, Jacques Viguier, Jean-Michel Bissonnet, Outreau... Les procès importants de ces dix dernières années ont donné lieu à des scènes d'anthologie judiciaires, racontées dans ce livre par un journaliste qui les a vécues. Témoin privilégié de ces procès, toujours très informé du dossier d'instruction, Stéphane Durand-Souffland sait en reconstituer l'histoire, les personnages et l'atmosphère. Au-delà de son métier de chroniqueur, il parvient à en restituer le ressort dramatique, la finesse souvent diabolique des rouages et surtout l'intense émotion


Etats de violence - essai sur la fin de la guerre, de Frédéric Gros : 
(Attention, livre passionnant mais ardu!)
La philosophie occidentale a longtemps pensé la guerre comme une mise en forme spécifique du chaos des forces, un horizon régulateur qui servit à définir en Occident un droit de la guerre, des conventions internationales et un imaginaire spécif ique. 
Or ce concept de guerre, stabilisé par des siècles de réflexion philosophique, échoue aujourd'hui à penser les nouvelles formes de violence : attentats terroristes, factions armées sillonnant des pays ravagés, envoi de missiles intelligents pour des conflits à «zéro mort». La guerre et la paix tendent à disparaître, laissant place à l'intervention et à la sécurité. 
L'humanité serait entrée, depuis peu, dans ce que Frédéric Gros, par provision, appelle l'âge des «états de violence» : la fin de la guerre, ce n'est pas la fin des violences, mais leur reconfiguration selon des économies inédites. La guerre visait à défendre ou accroître une Cité, un Empire, un État ; voici que les états de violence s'adressent à la seule fragilité de l'individu, ramené à sa condition vulnérable de vivant. 
La guerre, enfin, avait été constituée comme violence justifiée ; les états de violence offrent, à travers leur médiatisation, le spectacle du malheur nu, le scandale de victimes dont la souffrance exhibée décourage d'avance toute reprise critique.

stelda

16 commentaires:

  1. Merci Stelda pour ce témoignage d'une expérience qui j'en suis sûre te marquera. Je suis des patients en post traumatique dont le syndrome est composé de plusieurs symptômes dont une énorme culpabilité et ça, dans touts les traumas, que ce soit un tsunami, une agression, un incendie ou un viol, et tu l'as bien décrit dans les paroles de Joffrey. Côté agresseurs, on marche sur la tête. Pour les "petits" délits qui ne requièrent pas d'emprisonnement, on demande à l'accusé de suivre une psychothérapie. Je figure sur la liste des psys qu'ils peuvent appeler et là, c'est ubuesque. " Allo, je suis condamné à suivre une psychothérapie " (déjà, ça commence bien, en fait ils sont mis à l'épreuve ). Suite à plusieurs couacs, je me suis vue obligée d'aborder dès cette prise de rendez-vous l'aspect financier. Malignement, je l'avoue, je demande qui prendra en charge le coût des séances et là : "A ben moi je sais pas, je ne travaille pas, je peux pas payer". Je leur dis de se renseigner au tribunal et ils ne rappellent jamais. Que deviennent-ils , je n'en sais rien…on fait quoi à la place ? Le tribunal laisse tomber ? Voilà, ils ne pensent même pas que quand une amende est à payer, c'est par le fautif. La psychothérapie aussi…

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. "Je suis condamné à suivre une thérapie"... C'est sûr que ça commence mal ^^. Il vous faut faire preuve de maestria pour que le patient devienne volontaire :)
      Normalement, ils encourent une peine s'ils ne suivent pas la thérapie imposée mais dans les faits, je ne sais pas. Et dans tous les cas, ils ne vont pas travailler sur eux-mêmes. C'est vrai, de plus en plus de gens pensent qu'ils n'ont rien à faire ni à payer ;-)

      Supprimer
  2. Ton article ne laisse pas indifférent, je l'ai lu avec beaucoup d’intérêt. Ta chronique est, par ailleurs, vraiment très bien rédigée. Merci Stelda pour partager avec nous ce difficile exercice...
    A très vite pour des nouvelles qui seront, je l'espère, la prochaine fois plus réjouissantes!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Certainement! Je suis rarement aussi grave. Mais c'était vraiment "le théâtre de la vie".

      Supprimer
  3. C'est un bel article.
    Cela doit être marquant d'assister à ce genre de jugement.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je crois que les lycéens devraient y assister une fois. D'abord pour connaître le fonctionnement de nos institutions (et chacun peut devenir juré un jour), ensuite parce que cela montre aussi toutes les conséquences que peuvent avoir nos actes.

      Supprimer
  4. Ton article (merveilleusement bien rédigé) m'a donné la chair de poule. Je ne commenterai pas sur le fond parce qu'un thème comme celui-ci ne s'aborde pas en trois lignes, d'autant que la violence (et à ce stade le mot est faible !) me laisse toujours sans voix. Comment peut-on en arriver là ? Mais je suis certaine que cette expérience intense te marquera à jamais !
    Merci pour ce partage Stelda !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Manal. Il y aurait en effet de quoi disserter des heures. Les avocats ont eu des phrases très fortes, les témoins aussi... La présidente m'a impressionnée. Bref, j'aurais pu écrire un livre complet!

      Supprimer
  5. Ta chronique est vraiment superbe, très bien écrite et plein de relances. Chapeau, comme dirait l'autre :)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Flora <3. Je crois que tu t'es plutôt bien débrouillée de ton côté ;-).

      Supprimer
  6. J'ai des frissons en te lisant. Je lis ton blog pour tout le reste (toujours aussi intéressant), mais je te remercie d'avoir partagé ça avec nous, même si ça parait un peu catapulté ici - c'est important de l'écrire, d'en parler.

    voilà.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai que je suis sorti totalement de ma "ligne éditoriale" mais bon, on n'est pas que des pouffes à paillettes :D. Et je sais qu'un peu de réflexion et de gravité vous plait aussi. Et puis, très égoïstement, j'avais besoin de partager toutes ces réflexions... Merci Lane <3

      Supprimer
  7. J'ai été très intéressée par ce que tu as écrit. Cela m'a rappelé ma journée au Palais avec ma prof de droit le jours où une partie de ma classe avait pu voir divers procès, dont un pour meurtre et c'est effrayant de voir à quel point les personnes peuvent se conduire dans de tels cas, aussi bien derrière la grille que dans l'assemblée. C'est une expérience qui m'a marqué et que je n'oublierai jamais.
    Bisous.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci Lilly. oui, je crois que c'est une expérience très importante humainement; Ca nous renvoie à nos faiblesses et nos contradictions. Gros bisous!

      Supprimer
  8. "Wow". C'est le seul commentaire qui m'était venu à l'esprit à la lecture de cet article. J'avais repoussé le jour du commentaire, me disant qu'il serait bon d'étoffer un peu... mais au final, je reste sur la même interjection. Ce que tu décris est effrayant et je me demande quelle doit être l'horreur du quotidien de J et de sa famille, de devoir revivre ces atrocités/revoir ses bourreaux. Grand merci en tout cas de partager cela avec nous, et bravo ! J'admire vraiment ta plume Stelda.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci, Mag. Ce genre de chose soulève tellement de questions et d'émotions qu'on ne sait par quoi commencer. J'ai été heureuse de vous partager un peu tout cela, je savais que vous comprendriez <3

      Supprimer

Des difficultés pour laisser un commentaire ? Passez sous Safari ou Firefox