Comme en 40... la mode en résistance


Si, en 1940, les femmes portaient des chaussettes avec des sandales, ce n'étaient pas par coquetterie mais par obligation : les bas étaient devenus quasi introuvables, une paire était un cadeau plus précieux qu'une bague en diamant.
La mode des années 40 a réapparu sur les podiums en 2009. Depuis, elle a déferlé dans la rue et les créateurs continuent de s'inspirer de cette l'époque : on la retrouve dans la collection Prada de cet hiver ou les talons imaginés par Jil Sander, Prada ou Kirkwood.

Les années 40 sont l'âge d'or du faites-le vous-même et de la customisation. A l'époque, presque toutes les femmes cousent, tricotent et brodent. Souvent dès l'âge de 5 ans. Jamais elles n'auront mis autant à profit ces compétences que pendant la Guerre. Qui aujourd'hui aurait le courage de démonter complètement un manteau pour le recoudre parce que la face intérieure du tissu est moins râpée ? De découdre et retourner, avant de les recoudre, les cols de chemise ? 
Le tissu était rationné à l'extrême : imaginez que vous deviez présenter une carte de points textile chaque fois que vous allez acheter un chemisier, une jupe et même une paire de collants ? Voilà de quoi guérir toute addiction au shopping. L'Etat interdira même les cols marin sur les costumes d'enfant, les poches à soufflet, les revers de pantalons, allant jusqu'à indiquer la longueur des ourlets. Chaque mètre de tissu compte.


Quant au cuir, la quasi totalité de sa production était expédiée en Allemagne. Dès 1940, un décret interdit la confection des sacs en cuir de grand format, des ceintures larges de plus de 4 cm, des semelles de cuir à triple épaisseur. Alors on utilise des semelles en carton pour les chaussures plates. Sur les chaussures de femmes, le bois et le liège deviennent des substituts de fortune. Les semelles compensées naissent pour compenser la difficulté à fabriquer des talons dans ces nouveaux matériaux.

Les femmes vivaient la mode comme une résistance silencieuse mais bien visible. Les coupes strictes, les épaules carrées, les couleurs foncées étaient des signes de dignité face à l'Occupant. Mais réputée pour son élégance, la Française souhaitait rester fidèle à sa légende. Elle voulait aussi se changer les idées en pensant, de temps à autre, à des préoccupations plus légères que trouver l'abri anti-bombes le plus proche.


La Française 40's se peint au brou de noix des bas en trompe-l'oeil sur les jambes, elle rajeunit ses robes de cols découpés dans de vieux vêtements, elle remplace son sac en croco éculé par un sac en osier.
Elle se lâche sur la coiffure : ça ne coûte rien. Elle joue avec ses cheveux, alterne les coques, les nattes, les chignons, les boucles.
Pour contre-balancer une garde-robe limitée à sa plus simple expression (2 robes, 2 tabliers ou blouses, 1 imperméable, 2 paires de gants d'hiver, 1 manteau d'hiver, 3 chemises de jour, 2 combinaisons, 3 culottes, 6 paires de bas 6 mouchoirs), elle fabrique des chapeaux extravagants et des bijoux de bric et de broc : rubans de satin dépareillés, papier mâché, celluloïd, morceaux de bois, débris de métal... Quand elle le peut, la Française s'amuse aussi à alterner des bouton de couleurs bleue, blanche et rouge, brode ses mouchoirs d'un bleuet, d'une marguerite et d'un coquelicot, symboles patriotiques.

Si vous souhaitez aller plus loin : le Journal de mon amie Elynor est une mine d'info et d'inspiration. Elle y propose des tuto coiffure, un annuaire de sites et de boutiques spécialisées. Son joli Pinterest regorge de photo so 40's.


Photos : Andreas Öhlund's website pour ELLE Suède

stelda

36 commentaires:

  1. Très belle série de photo... et jolie réflexion...
    Je me sens plus intelligente après t'avoir lue, c'est un signe non? :)

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    1. Je suis très flattée Cécile :D Oui, ces photos sont ravissantes, elles m'ont beaucoup inspirée

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  2. Très intéressant ton article ! On se rend compte que dans l'austérité l'esprit humain (et en l'occurrence féminin) déploie toutes ses ressources d'imagination.

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    1. Complètement! Plus on a de facilités et plus on est fainéant. C'est drôle, on a besoin d''être confronté à des défis pour avancer...

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  3. tu sais que ça me rappelle que ma grand-mère est devenue couturière à domicile, dans ces années là, précisément parce que les dames de sa ville en avait besoin pour les raisons que tu dis? Après, c'est resté son job et elle a fait des robes pour toute la ville jusque dans les années 80...

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    1. Ca alors, c'est incroyable! Je comprends d'autant mieux ta passion pour le vêtement et ton exigence : tu as ça dans le sang.

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  4. j'aurais adoré vivre à cette époque (enfin pour la mode surtout sinon bof bof lol), les femmes avaient une classe qu'on ne trouve plus maintenant. quand je revois les photos de ma grand mère jeune, c'est exactement ce que je ressens !

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    1. Oui, les femmes avaient une classe folle. Les leçons de maintien avaient du bon ;-).

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  5. "Qui aujourd'hui aurait le courage de démonter complètement un manteau pour le recoudre parce que la face intérieure du tissu est moins râpée ?" Ma couturière et je lui ai donné 3 fois le même manteau c'est pour dire à quel point j'y suis attachée. ^^
    Jolie article, je suis contente que Prada se préoccupe de la mode années 40 je vais pouvoir trouver plus facilement des tenues mais d'un autre côté tout le monde va s'habiller ainsi :/

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    1. Ta couturière est en or, offre-li des chocolats à Noël :D
      Il y a quelques saisons, j'ai vu des chaussures qu'on aurait dit directement copiées d'un modèle 40's qui a été exposé en 2009. Mais je n'arrive plus à les retrouver, ça m'énerve!!
      Mais rassure-toi, je pense que le style 40's est loin d'inspirer tout le monde... voir les collections Slimane ou Chanel :D

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  6. Ma maman garde un sacré souvenir de la fin de la guerre : pour fêter la libération sa mère et une tante avaient cousu des robes pour les filles de la famille et sur une poche étaient brodés drapeaux français et américains. Donc les filles avaient revêtu les robes, mis dans leurs cheveux un ruban patriotique pour une promenade en ville avec leur papa. Lequel arracha soudain et assez violemment rubans et poches. En effet, une troupe allemande à pied traversait la ville et dans le doute d'une réaction violente...

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    1. C'est le genre d'anecdote qui nous semble incroyable aujourd'hui. Des détails si émouvants! Ma mère a gardé un bracelet manchette en métal sur lequel étaient fixés un bleuet, un coquelicot et une marguerite...

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    1. Merci beaucoup Stéphanie. A bientôt!

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  8. Ne pas pouvoir satisfaire toutes ces envies permet d'avoir de l'imagination.

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    1. Oui et on le voit encore aujourd'hui avec de jeunes créateurs. Ils ont moins de moyens que les grandes maisons et pourtant, quel talent, parfois! Et la dernière collection de Lacroix faite avec des fins de rouleaux était l'une de ses plus réussies.

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  9. Bonjour,
    La contrainte a toujours été le meilleur terreau pour amener l'imaginaire plus haut, ton article le confirme encore une fois. On retrouve ça aussi dans le cinéma, la musique etc.. Je remercie en passant Elynor qui me fait découvrir des blogs où l'on apprend un peu plus chaque fois :D
    Bonne continuation
    Sylvie

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    1. Bonjour Sylvie,
      merci :) Je suis fan du blog d'Elynor : c'est une pépite! Tous ses articles sont passionnants.

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  10. Ton post est passionnant ! Quel plaisir de te lire chère Stelda. Et merci pour le lien vers le blog d'Elynor, son blog est génial !

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    1. Merci, Madeleine <3. Je ne suis pas étonnée que tu apprécies le blog d'Elynor, elle est géniale!! C'est une vraie passionnée, comme toi :)

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  11. Quel plaisir de lire ce genre d'article et d'en apprendre un peu plus sur l'histoire de la mode :)
    Bien que ma mère m'ait confectionné pas mal de mes habits quand j'étais petite (et jusqu'à mes 10 ans), je ne sais ni coudre ni tricoter, et cela peut paraître bête, mais j'aimerais vraiment savoir le faire. Ne serait-ce que pour la satisfaction de pouvoir se débrouiller seule pour certaines choses, de créer quelque chose d'unique et d'avoir finalement un rapport plus "intime" avec mes vêtements ;)
    Bises

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    1. Peut-être trouveras-tu un cours de couture près de chez toi ? La couture 'est pas difficile, elle exige juste du soin. Mais c'est tellement gratifiant!
      Bises, Lilly

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  12. J'ai a-do-ré ton post, comme d'hab on apprend plein de choses !! :D

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    1. Roooh, merci Pipou! J'ai appris plein de choses en l'écrivant : je savais que le tissu était rationné mais pas au point d'interdire les cols marin, par exemple.

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  13. Très belle article qui ramène la mode à l'essentiel !

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    1. Je crois qu'on a beaucoup à apprendre de cette époque :).

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  14. Une fois de plus, ce billet est très intéressant ... comme quoi, la mode n'est pas que futile, surtout chez toi !!

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    1. Merci Laurence : c'est un très beau compliment <3

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  15. Quel dos! Quelles photos! Chez Saint Laurent aussi ils se sont lances dans la socquette, chez Chanel too, annonciateur? Et la plus belle collection "ratée" de Saint Laurent restera toujours celle inspirée des années 40. Grand flop a l'époque et grand feu d'artifice dans mon coeur. )

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    1. Figure-toi que c'est en voyant l'afflux de soquettes que j'ai eu l'idée de l'article :). Je me suis dit qu'il fallait expliquer d'où venait cette tendance.
      Je pense que cette collection de YSL ferait un carton aujourd'hui!

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  16. la crise engendre la création dans tous les arts et la mode en est un quelque part et ton histoire et analyse des années 40 est intéressante, on est loin de la société d'aujourd'hui où on jette tout... Bisous et bon we!

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    1. Les tissus étaient aussi incroyablement plus résistants. Quand tu vois un manteau ou une robe des années 4à ou 60, c'est impressionnant. Bises et bon week-end à toi aussi :)

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  17. Chouette papier. C'est toujours dans la contrainte que l'on est le plus créatif.
    Hugo

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    1. Merci Hugo. Tout à fait. A quelque chose malheur est bon, dit le proverbe. L'esprit humain a besoin de travailler :)

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  18. Hello Stelda,
    Très joli post ! En plus d'apprendre un peu plus de notre histoire, il fait aussi réfléchir sur la société de consommation. Quand tu parles du manteau à coudre et à recoudre, sans aller aussi loin, je suis toujours choquée quand je vois le nombre de vêtements que les gens jettent au lieu de donner (et pas forcément que des gens riches) juste parce que ça ne leur plaît plus.
    Le bon côté de la crise c'est que maintenant les gens essaient au moins de troquer ou de revendre.
    Bisous <3

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    1. Oui, c'est triste. Je lisais un post là-dessus hier et c'est vrai que la crise nous fait un peu réfléchir et nous oblige à changer nos comportements. Mais c'est dommage qu'il faille une guerre ou une crise terrible pour qu'on avance :(. Bisous, Ellen

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