Les mots sont des étiquettes

... et en ce moment, chacun y va de son petit pistolet à colle. On rebaptise tout. Dernier exemple en date lu sur le site de l'Express : une députée propose de supprimer le terme école maternelle, qu'elle juge péjoratif, régressif, maternisant, bref, polluant. Et sexiste.
Le Madame / Mademoiselle, ça m'avait déjà bien urtiqué l'escarpin. Retournons au Citoyen, Citoyenne ce sera une avancée capitale pour l'humanité. Mieux : Camarade. On ne saura pas si on a affaire à un homme ou à une femme, ce sera parfait. 
La camarade Mazetier, donc, explique son idée :



Le terme jardin d'enfants était utilisé il y a quelques années. On l'a remplacé car on considérait sans doute que les enfants n'étaient pas des fleurs. C'est pas faux, mais c'était mignon. Aujourd'hui, on leur retire le maternage. Oui, c'est sexiste. Le mot même de sexiste est sexiste, en fait, puisqu'il sous-entend qu'il y a des sexes différents, horreur, avec des mamans et des papas. D'ailleurs, le sexe, c'est rien qu'une invention des judéo chrétien. Y avait ni père ni mère chez les Egyptiens et les Grecs. Ni les Incas. Ils étaient tous genre. 

Y a un moment où faut arrêter les conneries.
Mais là où ça devient poilant, c'est quand un internaute lui renvoie sa (fausse) bonne idée.


 Et après, c'est un festival! Je me suis bien marré, j'avoue. Ma préférence va tout de même au dernier commentaire, celui de ZesteFraîcheur.


Ce qui est inquiétant, c'est de s'acharner à changer les choses en changeant d'abord le nom. Oui, les mots sont des étiquettes collées sur les choses, mais le nom ne changera pas l'objet. Vert ou bleu, une couleur restera la même. Les aveugles n'ont hélas pas retrouvé la vue le jour où ils sont devenus non-voyants. C'eut été trop beau. 
Encore pire : s'acharner à camoufler les choses sous une énorme étiquette qui cache la réalité.
Maternelle, jardin d'enfant ou petite école, les enfants de 3 à 6 ans restent encore des tout-petits. Que ça plaise à Madame la députée (ou le députée ??), les enseignants de ces petites classes font aussi du maternage : il arrive que les enfants pleurent, demandent un câlin ou fassent pipi dans leur culotte. Ils ont 3 ans!!! Et le maternage (ou paternage, on s'en fout), ce n'est pas dévalorisant. Ca fait partie de la vie. Ca demande aussi énormément d'attention. 
Surtout, un enfant de 3 ans a besoin d'affection, où qu'il soit, à l'école comme à la maison ou au centre de loisirs, ce n'est pas un étudiant en khâgne. Quant aux enseignants, croyez-moi, ils s'attachent aussi aux enfants. C'est mal, certainement, Camarade Députée : pardonnez-leur de ne pas être des robots cantonnés à leurs apprentissages.

Ca me paraitrait plus intelligent de revaloriser d'abord le travail des profs avant de changer le nom de leur classe. 
Vous savez pourquoi je me cantonne habituellement aux chaussures ou aux robes à pois : les sujets de société me feraient tourner le teint.

captures d'écran : lexpress.com

stelda

47 commentaires:

  1. Haha, le commentaire de zestefraicheur m'a bien fait rire, ça fait du bien de bon matin !

    Du coup, on fait comment avec l'émission de France 5, "les maternelles" ? On la rebaptise "les petites écoles" ?
    Le brainstorming qu'il va y avoir chez France 5, je ne vous raconte pas !

    C'est quand même bien français de vouloir changer le nom des choses, comme si ça allait changer quelque chose à l'action même que ces mots désignent !

    N'empêche, est-ce que quelqu'un s'est déjà demandé combien de temps ça leur prend de se pencher sur ce genre de question (au lieu bien sûr de se pencher sur les problèmes de société, ça c'est un peu chiant quand même) ?




    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. J'ai pointé l'idée mais le plus grave, c'est bien le temps passé à souffler sur des pissenlits au lieu de désherber! Dans beaucoup d'écoles maternelles, les enfants n'ont même pas de matelas pour faire la sieste et sont obligés de dormir devant leur table. Pour ça, y pas de budget. Mais pour changer les pancartes de toutes les écoles de France, on en trouverait un. Ca me met hors de moi.
      Et ne parlons pas des problèmes comme gravissimes, comme le chômage (pardon : la recherche d'emploi)...

      Supprimer
  2. Je me demande si un jour nous devrons aller accoucher dans une "parentalité". Après tout, dire une "maternité", c'est un peu sexiste : et les pères là dedans ?

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est un scandale. A dénoncer d'urgence, en effet :D

      Supprimer
  3. j'en ai marre des grandes théories qui ne sont là que pour faire jolies. la réfléxion c'est important mais quand ça a un autre sens que ça. bref, tu m'as ben fait rire avec ton urtiqué l'escarpin !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Quand tu lis ce genre de proposition, tu te dis qu'ils y en a qui sont bien déconnectés de la réalité, quand même...

      Supprimer
  4. c'est insupportable, cette hypocrisie bisounourssique qui consiste à vouloir cacher la réalité sous les mots. Le mot "notes" est devenu un gros mots traumatisant pour ces pauvres petite têtes blondes. Allez hop! on les enlève et on remplace ça par un "livret de compétences". Résultats, à l'école, plus personne ne sait qui vaut quoi (et encore moins ces pauvres gosses qui se retrouvent avec 8 pages de 50 lignes/cases représentant chacune une ligne/case de compétence (dont "je sais faire un rond avec un compas" ou "je sais situer la France dans l'espace mondial" mais bien sûr....) Mais bienheureux qui arrivera à savoir ce que vaut vraiment le gosse en Français ou en Maths! De toute façon il a "1" partout (=compétence acquise... à se demander surtout si l'instit en n'a pas eu marre de remplir 350 cases par élève et n'a pas mis 1 ou 2 (ça va jusqu'à 3= compétence non acquise) par flemme de réfléchir!!)
    Y a vraiment autre chose à faire pour l'école que ce genre de fadaises (genre: remettre 1 dictée par jour, par exemple; en CM2, ma belle fille en a fait 1 seule - et encore, préparée - depuis le début de l'année.
    Après, on s'étonne que les jeunes ne savent plus écrire...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Mais voyons, tout le monde vaut la même chose, Jickie. On est égaux et on a tous le droit à un joli livret de compétences avec des 1 ou des ronds verts.
      Ca me dépasse aussi. Lutin n°2 est dans le privé, elle a une dictée par semaine, en CP. Après on s'étonne que les gens fuient l'école publique. A force de niveler, on est en train de supprimer l'égalité des chances, pour de vrai. Et ça, c'est honteux.

      Supprimer
  5. @Albane: morte de rire. Ouais, accoucher dans une parentalité après 9 mois de hors-poids (faut pas dire grossesse, obésité tout ça tout ça, c'est des gros mots :-) )

    RépondreSupprimer
  6. hihi en effet le dernier twitt est très drôle, le sujet lui m'agace par contre, je ne peux qu'abonder dans ton sens!
    Le nombre de mot que l'on ne prononce plus pour ne froisser hypothétiquement personne. On a pas un cancer mais une longue maladie, on est pas aveugle mais non-voyant etc.
    Moi je continue de me faire appeler Mademoiselle et j'adore ça, NA!

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et tu n'as pas honte d'indiquer ainsi explicitement un état non marital et ta dépendance au patriarcat ??

      Supprimer
  7. Valérie { Atelier rue verte }2 février 2013 à 10:15

    Tu as raison de parler sur ce sujet , franchement on a l'impression qu'il manque de sujets auxquels il faudrait "s'attaquer" , et dire que l'on paye les députés une fortune pour nous "pondre" ce genre de choses dont tout le monde se fout .... je trouve cela grave !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ca me met hors de moi, je te jure (mais tu as dû le remarquer, mouahhhh)

      Supprimer
  8. Je suis pliée. Je suis d'accord, remplaçons elle et il par ça et supprimons le féminin des adjectifs, vive l'invariable ! Ca a commencé par la féminisation des mots comme professeure ou écrivaine (moche au possible), puis on a sucré mademoiselle... A quand le retour de Pluviose, Brumaire et Nivose pour les mois de l'année ? Que nos camarades députés se penchent aussi sur la question, ça évitera de discuter de vraies réformes de la société.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Pluviose ou Brumaire, je trouvais ça plutôt poétique ;-). Merci de l'idée, je vais la soumettre à mon député. Ca l'occupera.

      Supprimer
  9. moi je dis: si ces gens n'ont vraiment rien d'autre à fiche au ministère, envoyons-les remplacer les profs absents un peu partout, dans le 93 et ailleurs, ils verront peut-être la réalité autrement. Et that's all!
    @Stelda: et ma belle-fille est dans la meilleure (en tout cas réputée telle) école publique de la ville...

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Excellente idée. J'ai toujours pensé que les ministres et les hauts fonctionnaires devraient faire un stage de 3 mois incognito et vivre la vie de Mr et Mme Tout le monde : ça leur remettrait la tête à 'endroit. Je suis peut-être un peu communiste, finalement ;-)

      Supprimer
    2. Et comme toi, je préfère ne m'occuper que de modasseries et futilités sur mon blog, parce que si je me mettais à parler de questions de société, ou je deviendrai JJG ou Saez l'énervé, ou mon blog serait celui d'une énervée permanente (dont le principal sujet d'énervement d'ailleurs serait la façon dont l'école est en train de fabriquer des légions d'ignorants et de mollusques du cerveau, chose la plus dangereuse pour une nation, à mon avis... (je ne sais plus quel nazi disait que la culture lui donnait envie de sortir un flingue, ben, si on fait pas gaffe, on aura une population d'incultes, et l'ignorance, ça donne ça...)

      Supprimer
    3. C'était Göring, citant une tirade célèbre d'une pièce de l'époque ;-) Manifestement, pour toi, c'est l'absence de culture qui te donne envie de sortir un flingue :D

      Supprimer
  10. Il y en a vraiment qui se font ch... au gouvernement! Quand je pense que ce sont mes impôts qui servent à les payer, pfff.... (pour rester polie)

    Tu as raison : ils sont complètement déconnectés de la réalité.

    RépondreSupprimer
  11. Puisque la question du sexisme est abordée, pourquoi ne parle t on pas de l égalité des salaire (pas que en théorie, mais appliquée dans la vraie vie)? Ou encore de la présence des femmes dans les directions ?
    C est sur que c'est plus facile de changer des pancartes

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ca, c'est la mesure qui ne coûterait pas un sous à l'Etat (et rapporterait même grâce aux charges sociales supplémentaires) et qu'on n'est pas près de voir appliquer malheureusement. Une honte!

      Supprimer
  12. Comment noyer le poisson et nous faire oublier ce qui se passe de bien plus grave chez nous !
    Tout pour nous beurrer les lunettes
    Gros bisous

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Nous beurrer les lunettes, han, j'adore!! Je ne connaissais pas. Merci Sylvie :D

      Supprimer
  13. Hello Stelda,
    Je n'avais lu que les 1ères lignes sur HC que déjà mon sang ne faisait qu'un tour, mais là après avoir tout lu... Hou, comment dire ?
    Honnêtement, ça me donne de l'urticaire. Hier soir, j'ai regardé le reportage des Infiltrés (France 2) sur Pôle Emploi et tu te dis que dans notre beau pays il y a beaucoup de choses importantes à changer, et au lieu de ça, voilà le " beau combat" que cette chère élue choisit de défendre. Non mais LOL quoi.
    Si elle veut vraiment défendre l'égalité, je lui propose un sujet que tout le monde oublie : l'égalité salariale entre les hommes et les femmes et si ça l'ennuie, elle peut alors se pencher sur le problème des femmes qui sont sous-représentées dans les fonctions managériales importantes des entreprises et si ça ne l'intéresse toujours pas, elle peut s'occuper du manque de places en crèche aussi.
    Je m'arrête là, je vais m'énerver toute seule ;-)
    Bisous <3

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Je pense que Madame la Député a une nounou qui va chercher les enfants à l'école, obtient une place en crèche en levant le petit doigt et cumule les salaires quand une employée du privé touche 20% de moins que son homologue masculin. Elle ne doit pas vraiment comprendre de quoi on se plaint...
      Je m'arrête aussi :D. Bisous, Ellen

      Supprimer
  14. Je te rejoins à 100 %, et les twitt m'ont bien fait rire... Enfin, tout cela me rend dingue, tout cet appareillage de faux-semblants, de pseudo pédagogie et de psychologie à deux balles pour masquer les vrais problèmes et les vraies urgences (ou l'incompétence à s'y attaquer? attendons de voir )

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. On nous beurre grave les lunettes, comme dit Sylvie. J'en peux plus! Mais les com' des internautes m'ont mis du baume au coeur : y a encore un peu de lucidité et d'humour chez les français, ouf!
      Le coup du "ça", j'ai adoré. J'adopte.

      Supprimer
  15. Au fait, je n'avais pas vu, car je naviguais depuis mon smartphone, mais la déco ici a bien changé et c'est très beau

    RépondreSupprimer
  16. rien à voir avec le sujet il y a un probleme dans le date de publication de tes articles, je vois publié le lundi 4 février ? Sinon je ne suis pas conservatrice, mais cette idée de changement de nom est débile.... bises bon dimanche

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Oui, je l'avais prévu pour lundi et blogspot a voulu faire le malin :). Je ne sais pas pourquoi, il est sorti samedi. Sans être conservatrice et passéiste, on peut trouver débile de passer du temps là-dessus alors qu'il y un million de sujets plus importants... Bon dimanche à toi aussi ;-)

      Supprimer
  17. Un moyen de justifier son poste ou essayer de laisser son nom dans l'histoire. Je crois qu'il y a plus important à faire pour l'école.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Sans doute... mais la dame serait vice-présidente de l'Assemblée. Ca laisse songeur.

      Supprimer
  18. Non mais n'importe quoi ! (pas très constructif le commentaire)

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Nan mais ça sort du coeur et ça, ça fait toujours plaisir :D

      Supprimer
  19. J'ai bondi vendredi matin après avoir entendu ce "truc". M'enfin n'y a-t-il pas actuellement des sujets autrement plus sensibles, importants sur lesquels réfléchir ? Et puis comme tu le dis changer le nom de l'objet ne change aucunement l'objet.
    Ca me met en rogne ce genre de "futilité", comme m'a mise en rogne la décision Ô combien importante à une époque de féminiser grades et fonctions : ça n'est pas parce que mon grade et ma fonction sont (ou plutôt étaient) du genre masculin que je m'en sens moins femme.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Et féminiser ou pas les titres n'a hélas pas changé grand chose au problème des salaires (dans le privé, en tout cas). Alors à quoi ça sert ??

      Supprimer
  20. ha ha haaa je suis morte de rire !!!
    Excellent article comme d'hab !!
    cela mérite bien d'être partagé sur un petit FB ca... ;)

    RépondreSupprimer
  21. Je partage votre avis cet intérêt pour la terminologie et sa symbolique est vraiment devenu une manie... Pourtant, je suis tout à fait favorable à la féminisation des noms de métiers. Je pense que les mots participent à construire le réel, mais il faut que le symbolique s'accompagne de véritables politiques, de changements des comportements par l'éducation, sinon c'est peine perdue. N.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Le problème est qu'en ce moment, les mots construisent de l'irréel :))

      Supprimer
  22. Très bon cet article ! Ils ne cesseront jamais de nous étonnez, est-ce une façon de justifier leurs salaires de trouver de telles occupations......
    En tout cas moi je m'en fous j'écris rouge avec mon stylo bleu (oui je sors :) ) !
    Bisous.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est très joliment formulé, Lily :D

      Supprimer
  23. Effectivement, ce n'est peut être pas la priorité. Et vouloir changer les noms et les appellations (madame/mademoiselle dans les documents administratifs notamment ; même si pour moi c'était une évidence de supprimer cette dichotomie d'un autre temps), ce n'est pas primordial.
    MAIS les commentaires sont consternants, bien souvent l'oeuvre d'homme qui ne comprend pas toujours l'injuste subi par les femmes chaque jour.

    Maintenant, je dirais qu'il est plus urgent de faire véritablement appliquer les lois de parité plutôt que de changer le nom de l'école maternelle, soit elle une dénomination sexiste ou non.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Ca me semble plus intelligent de changer les choses d'abord. Le nom tombe ensuite en désuétude de lui-même, de toute façon!
      Ca me met vraiment en colère que l'Etat fasse du cosmétique! C'est tellement plus facile, en effet :( Quand je vois les gosses qui n'ont pas de matelas pour la sieste ou la mairie qui rechigne à remplacer le petit four qui sert aux ateliers cuisine, je me dit qu'il y a plus important que le nom de cette école... Et ne parlons pas des AVS supprimées, des aides pour les enfants handicapés ou non francophones qui disparaissent...

      Supprimer

Des difficultés pour laisser un commentaire ? Passez sous Safari ou Firefox