Histoire pas drôle des dessous de la mode

Les commentaires sur l'article d'hier m'ont ramenée quelques années en arrière, à l'époque où j'étais créatrice d'accessoires. Je n'étais qu'une petite styliste de rien du tout, qui bricolait dans une boutique-atelier à Marseille mais un jour, merveilles, voilà que la Chambre de la Couture de Marseille me sélectionne pour bénéficier d'un stand aux Galeries Lafayette. Oh joie, oh bonheur! 
Me voilà donc invitée à mon premier déjeuner presse pour une photo de groupe en rang d'oignon, j'étais intimidée comme tout, puis le lendemain, à faire l'article entre le stand Lancel et le stand La Bagagerie, j'avais mal aux jambes. 

Sac en cuir velours hiver 2003 - modèle Le Cas Stelda

Et à la fin de la semaine, débriefing. Parce que le principe de la Semaine des Créateurs, c'était d'en sélectionner deux qui seraient ensuite en vente aux Galeries Lafayette de Paris, à l'étage des créateurs. La grosse classe, quoi, qui nous faisait tous rêver. Nous étions une douzaine sur 4 secteurs (linge de maison, prêt-à-porter femmes, accessoires, prêt-à-porter hommes) beaucoup se connaissait, de près ou de loin : on travaillait dans le même quartier, déposait dans les même lieux, on avait les même fournisseurs...

Les acheteurs parisiens étaient très chabada, on avait failli éclater de rire en voyant leurs tenues (et pourtant on était des créateurs, c'est-à-dire des êtres réputés pour leurs goûts vestimentaires extraordinaires). Le tour de table commence. Les acheteurs s'extasient sur le linge de maison d'un duo de filles ultra puantes qui nous avaient snobés toute la semaine. Ils s'extasient également sur un créateur de t-shirts sérigraphiés assez beaufs et très bôf mais qu'il avait réussi à placer sur le dos d'une participante du Loft (oui, ça date!!), bon, ok... et on arrive à une styliste d'une quarantaine d'années. Un amour de femme, gentille comme tout, le sourire incarné. Elle se fait éreinter par les deux chasseurs de tendances : ton produit est invendable, à la masse totale, rien à en tirer. A chier, rentre chez ta mère. 

Et elle, ne dit rien. Elle acquiesce, oui, oui, c'est vrai que j'ai encore beaucoup à apprendre mais j'ai été si heureuse de vivre cette semaine, c'était merveilleux! Voir mes créations dans ce beau magasin, au milieu des marques les plus prestigieuses, c'était incroyable. Merci de m'avoir donné ma chance, la création, c'est tellement d'amour, bénéficier de vos conseils, c'était super, vous êtes formidables, j'ai rencontré des gens formidables, merci, merci. 

Et elle se met à pleurer de bonheur. Et plusieurs d'entre nous, interloqués, avons regardé les deux parisiens (j'ai rien contre les parisiens, hein, ils auraient été poitevins ou bruxellois, c'était pareil) avec l'envie de leur faire rentrer leur dédain dans les dents. On était honteux pour les deux péteux qui venaient de tacler cette fille si sincère. Et les deux tordus, eux, étaient à moitié exaspérés par ces manifestations d'humanité. Ils ne semblaient absolument pas réaliser qu'ils étaient passé à côté de l'essentiel. Quand au duo de linge de maison, il la toisait avec un mépris non dissimulé. Montrer qu'on aime ce qu'on fait, c'est si vulgaire, n'est-ce pas ?

Elle faisait des robes de mariées en intissé, vous savez, ce tissu qu'on trouve chez Toto au mètre. Alors oui, à première vue, c'était cheap. Mais le concept, à mon humble avis, était intéressant et je pense qu'il aurait réjoui un chasseur de tendances qui aurait vu plus loin que le bout de son nez. Parce qu'une robe quasi jetable, pour un évènement unique, ça colle plutôt bien, je trouve. Et en aucun cas, elle ne méritait un tel mépris juste parce qu'elle n'était pas dans le moule.

Voilà, il fallait que je vous partage ce souvenir qui me poursuit encore, presque 10 ans après et qui me semble très emblématique de ce milieu.

La mode, c'est ça : le pire et le meilleur, mais tout y est plus fort. 

stelda

45 commentaires:

  1. Il y a vraiment des cons.... ça me révolte, la pauvre :(


    (c'est toi sur la photo ? tu as un sourire magnifique !)

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    1. Non, ce n'est pas moi : c'est une amie ancienne mannequin qui avait gentiment repris du service pour les photos. Elle a en effet un sourire magnifique :)

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    2. moi je préfère le sac !! so chiiic !! :-))

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    3. Tu en as une belle collection ;-)

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  2. Ah de ce point de vue, c'est sûr que le monde de la mode ne fait pas rêver... le petit sac oui, très fort, par contre <3 <3 <3 - N.

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    1. Merci Nina. Il a séduit une touriste japonaise, qu'est-ce que j'étais fière!

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  3. Vu les paroles et la façon de traiter cette femme cela ne m'étonne pas que tu t'en souviennes ... euh, j'avais la m^me question c'est toi sur la première photo .... :))) !Bises

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  4. En résumé, il faut être hautaine pour réussir, cela ne va pas m'aller. En plus je sais apprécier le travail réalisé, l'angoisse de la créatrice même si la création ne correspond pas à mon univers. Une créatrice mat tellement de petits bouts d'elle.
    Cela devait-être terrible comme débriefing.
    Mignon le modèle 2003.

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    1. C'est tout à fait ça : ils avaient oublié qu'on y met beaucoup de soi et qu'il n'y a pas que la niaque commerciale qui compte

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  5. ce que tu me fais penser me fait penser à mon milieu la culture, on croit toujours que c'est " cool" car ce sont des milieux qui renvoient des images sympas mais déjà ils ne sont que le reflet de la société avec le pire et le meilleur et surtout basé sur le pouvoir avec de gens qui peuvent aider les artistes ( qui ne sont rien mais qui peuvent tout) et des créateurs dépendant et au delà de ça la chose qui prime par dessus tout c'est pas l'humain mais l'économie, le fric... et dans la mode c'est pire je pense, une vrai indistrie, des bises

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    1. Ah oui, la culture, c'est pas triste non plus! C'est peut-être pire dans la mode parce que ça mélange art et argent ; ajoute un peu d'ego et tu as le cocktail explosif. Gros bisous, Valentina

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  6. C'est terrible, mais au final pas surprenant... car tellement répandu lorsque le choc entre "le business pour et dur" et "un véritable artiste" a lieu.
    Je connais trop bien. Non pas parce que je suis une artiste (absolument pas), mais parce que j'ai dans mon entourage des artistes, "trop" artistes (dans le sens déconnectés du business)... Et on leur en fait voir alors de toutes les couleurs...
    Je pense par exemple à une amie très douée dans la peinture. Un type véreux lui est tombé dessus. Et un client ça ne se refuse pas. Il

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    1. Quelle horreur!! il y a de sacrés tordus, dis-donc! Avoir besoin de s'approprier le travail d'un autre pour se valoriser, c'est pitoyable

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  7. et en tant que client, il ne se refuse rien, jusqu'à signer par derrière les tableaux... (rien n'a été dit officiellement entre les 2 hein). Mais elle continue à réaliser religieusement toutes les commandes en se disant "pas de problème, de toute façon je n'aime pas les thèmes de ses commandes...

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  8. comme quoi, la mode, pas toujours aussi joli qu'on le croit, la pauvre !

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  9. À lire cette histoire, on finit par se demander comment quelqu'un d'aussi passionné, simple et sincère (comme elle en a l'air) que Garance Doré est arrivée et arrive encore à tenir ds ce milieu (bon, je sais, de source hyper sûre, que Garance suscite des jalousies terribles ds le milieu de la mode parisienne). Je suppose que, heureusement pour elle, c'est parce que désormais elle est assise sur le fauteuil de la papesse des blogueuses... et comme les Rois, on les attaque mais que leur trône les protège...Et ces peut-être pire dans les sphères inférieures de ce milieu-là, justement, les jalousies ou vacheries.

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    1. Je pense qu'il faut se rappeler chaque jour qu'on existe pour ce qu'on est et non pas ce que l'on fait ou ce que l'on parait. Valable dans tous les milieux mais plus encore dans ceux surexposés par les médias, comme le cinéma, la chanson, la mode, la culture, etc

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  10. Dis-moi ce sac léo adorable, en 2003... tu en as un sacré flair toi !!!
    Quant à moi, et bien je dois aussi être très ringarde, car crois-moi si tu veux, je me suis mariée y'a 10 ans, avec une robe de soie simplissime... et surtout, surtout, par dessus, presque transparent, un nuage : un manteau en intissé rebrodé au col, aux manches, aux lisières..., des fleurs, des volutes de rafia rose pâle à fuchsia... une oeuvre éphémère imaginée par moi pour me protéger, réalisée par quelqu'un comme la créatrice dont tu nous parles... avec amour et soin et imagination. J'étais beauf faut croire... m'en fiche complètement !
    Ok je ne le referais pas en 2012, ma mariée rêvée de l'année est une blogueuse qu'on aime toutes les deux ;)...
    Bref tout ça pour dire que : quelles petites prétentieuses idiotes !!! Mais déjà l'intitulé : chasseur de tendance, me faisait sourire en coin ;)
    Bisous
    Anne

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    1. Figure-toi qu'il y a une justice : je n'ai plus jamais entendu parler des deux créatrices de linge de maison :D
      J'aime bien l'idée de l'éphémère pour un mariage : si l'amour dure, la journée passe si vite!! Notre mariée de l'année me rappelle une image ou un tableau mais je ne sais plus lequel, hélas... Peut-être une icône byzantine ?
      Gros bisous

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  11. Ce n'est pas si étonnant : des gens snobs et dédaigneux, j'en croise régulièrement. Dans le monde de la beauté, pour le moment je n'ai trouvé que des gens passionnés et adorables (même pour des hauts placés) mais peut-être irais-je de désillusion en désillusion !

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    1. J'espère au contraire que tu continueras à bénéficier de cette grâce : travailler avec des gens agréables et passionnés, c'est du bonheur en barre

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  12. Les créations sont respectables, à notre goût ou pas. Ils ont oublié l'humanité, le respect, l'empathie. Il y avait tellement de façon d'expliquer pourquoi on ne l'avait pas choisie.....Quelle faille ont-ils à cacher pour se vêtir d'une telle carapace de dédain? Le témoin d'un "traumatisme "fait à un autre en subit un lui aussi, celui de ne pas avoir pu empêcher ça, ou d'être indemne dans des cas plus graves. D'où la culpabilité, etc...La situation ne permettait pas que quelqu'une d'entre vous se rebellât (ouh lala c'est pompeux ça ;))). Elle même a tenté de retourner l'agressivité en "pseudo". constructivité. Comme un chien blessé qui se lèche. Bon j'arrête !!

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    1. Laurence, je pense que tu serais une excellente psy pour les modeux névrosés :D Ton analyse est extra!

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  13. Elle est bouleversante cette histoire... Effectivement, les plus gentils se font souvent marcher sur les pieds :s et puis son travail avait l'air bien trouvé en effet. De toute manière, rien ne justifie autant de mépris! Bonne journée à toi tout de même ;)

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    1. J'avais encore la gorge nouée en écrivant l'article. Je revivais cette scène si violente.

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  14. Je comprends ce que tu veux dire, je me répète le rêve d'être connu et reconnu... Moment de grâce... Souvent cassé par des "people" à la mode... Cela à le don de m'énerver, le mot est faible...
    Tu as bien fait de pousser ton coup de gueule...
    Gros bisous

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    1. Merci Sylvie :) Gros bisous à toi et bon we

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  15. Super touchant ton souvenir. C'est dingue ce que certaines personnes peuvent être détestables, c'est ignoble cette méchanceté gratuite !
    En tout cas, claaaaaassse d'avoir été sélectionnée pour cette semaine aux GL !! :D
    Faudra que tu nous montres davantage de tes accessoires ;)

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    1. Détestables : c'est tout à fait ça! Mais pour le reste, ç'a été une expérience très enrichissantes (et oui, j'étais fière comme un pou sur une bosse)

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  16. Je suis censée attendre 2025 pour avoir un sac Le Cas Stelda????
    La robe de mariée jetable, c'est juste le concept du siècle pour moi. Mais tu sais bien qu'on a toujours des années d'avance sur les tendances... wait and see.

    Bree

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    1. Pardon, pardon, pardon!! suis bien d'accord avec toi : la robe de mariée jetable, c'est presque une évidence!

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  17. Très bel article, encore un exemple du monde sans pitié de la mode qui fait toujours réver pourtant, on s'en fait une fausse idée surtout...

    xx

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    1. Comme le soulignait Valentina, il y a des métiers plus "cools" que d'autres ; mais heureusement, il y a mode et mode et en fait, on y côtoie plein de milieux agglomérés autour de cet univers. Merci, tu me donnes encore une idée d'articles ;-)

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  18. Ca ne m'étonne absolument pas !
    Je ne me suis jamais sentie aussi pas à ma place que lors d'un vide-dressing soit disant bobo cool très convivial dans Paris... j'ai été toisée de tous les côtés et n'ai reçu aucun sourire (merci la convivialité !)

    En tout cas chapeau pour ton sac il est top ! (déjà le léop te hantais...) La dame sur la photo a l'air très heureuse de le tenir !

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    1. Sur la jolie mannequin aussi, il y aurait à dire... Elle s'est fait recalée à plein de castings car "pas dans le moule", alors qu'elle était juste magnifique, vivante, souriante, la féminité incarnée. A pleurer! On lui disait qu'elle n'aurait sa chance que chez Gaultier!

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  19. suis pas étonnée mais triste quand même !!! j'ai ma petite idée sur la créatrice en non tissé, si c'est elle elle a très bien réussi sans eux !!! :)

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    1. Après avoir écrit l'article, je me suis demandé si elle cousait toujours car j'ai quitté Marseille il y a bien longtemps..; j'ai un peu googlisé je ne sais pas si c'est bien celle à laquelle tu penses, mais je te confirme qu'elle a joliment fait son trou! Suis ravie pour elle. Et toc :D

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  20. c'est vraiment triste, pourquoi les acheteurs ont aussi peu de respect pour le travail du créateur ou même respect du créateur ? Si cela ne leur plaît pas qu'ils aillent prendre leur snobisme ("on ne montre pas qu'on aime ce que l'on fait" hein) et aillent voir là-bas si on y est !

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    1. Hihi, j'aime bien ta virulence! Comme dit Laurence, la création (et surtout le créateur) est respectable, il faut savoir la jauger avec respect. Hélas, ce n'est pas donné à tout le monde

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  21. La création et l'argent font rarement bon ménage, le manque de respect de ces personnes me sidère!!!! ton sac léo je l'adore des bisous.

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    1. C'est tout à fait ça : ils étaient concentré sur la force de vente, or c'était des créateurs qu'ils avaient en face d'eux :((. Je suis contente que le sac te plaise, c'était l'un de mes chouchous :)
      Gros bisous

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  22. Canon ce sac!
    Bisous, Marie http://www.thefashionandgeek.com

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