Le style d'une bombe... Courrèges revient en beauté!

André Courrèges (1923-)
Une veste de Castelbajac, admirée il y a quelques jours dans une boutique, avait des airs de Courrèges. Elle sentait même furieusement le Courrèges! Et me rappela une information passé inaperçue en octobre dernier : la maison Courrèges vient de changer de mains. Dans les modèles en projet, une robe en carrés de tissus reliés de bandes de pour la plier sans se mettre la tête au carré, une robe prête-à-voyager.

Courrèges ? un nom quasi inconnu des moins de 30 ans mais un style qui n'a pas pris une ride.

PVC, mini jupe, robes lunaires : Courrèges brasse instinctivement architecture, industrie et mode. Tout ce qui inspire les stylistes aujourd'hui.
Si Courrèges est sorti des codes de la mode traditionnelle, c'est grâce à son fondateur éponyme, André Courrèges. Ingénieur, il entre chez Balenciaga sur un coup de tête dans les années 50. Comme Cardin qui fit ses toiles chez Dior, Courrèges apprend encore et encore du couturier le plus glamour de l'époque pour ensuite recréer une mode féminine exceptionnelle par sa simplicité et son intemporalité.

boutique Courrèges à Milan
source : Courrèges.com
Dans les années 60, il habille Catherine Deneuve, Romy Schneider, Françoise Hardy ; elles rendront  ses petites robes courtes inoubliables. La patte Courrèges ? bottes en vinyl, petits blousons droit et courts, mini-jupe, robes trapèzes, poches plaquées, gros boutons en plastique, zip apparents, encolures près du cou mais travaillées de découpes, d'arrondis ou de plis souples.
En 1972, Courrèges, qui est féru de sport, est choisi pour dessiner les tenues officielles des sportifs représentant la France aux Jeux de Munich.
En 1995, Jean-Charles de Castelbajac entre chez Courrèges pour 2 collections (c'est sans doute un retour aux source qu'il signe dans sa dernière collection, par cette fameuse veste à carreaux).

robe 100 - modèle Courrèges
source : Courrèges.com
Mais Courrèges est aussi une histoire d'amour. Depuis 2002, c'est son épouse Coqueline qui a repris les rênes de la maison. Elle cherchait un repreneur mais se refusait à vendre la marque au plus offrant. Elle repoussa sans états d'âme les offres dorées (jusqu'à 50 millions d'euros!) des chevaliers noirs du luxe LVMH et PPR pour se tourner vers Jacques Bungert et Frédéric Torloting.

Le tandem co-préside l'Agence Young & Rubicam. Rien à voir avec la couture mais tout en commun avec Courrèges : le flair, la connexion avec les arts et la société, la fantaisie. Et Coqueline Courrèges de spécifier "Nous leur léguons l'intransmissible : notre pensée, notre raisonnement, notre imagination".
Encore une fois, Courrèges apporte à la mode une bouffée d'oxygène. Ses fondateurs nous rappellent que l'argent ne fait pas tout, que la mode se crée grâce aux passionnés et pas sur business plan et que la vraie richesse d'une maison de couture, c'est son âme. Rien ne sert de racheter une marque si c'est pour la vider ensuite de son esprit, autant en créer une (économiquement, c'est aussi un calcul à très court terme : Ungaro en a fait les frais récemment).

blouson en vinyl rouge - modèle Courrèges
source : Courrèges.com
Si d'autres grandes marques avaient besoin d'une sérieuse toilette lors de leur reprise, Courrèges, elle, n'a pas besoin d'être relookée. Vuitton ou Burbery avaient un savoir-faire mais pas de style. A l'inverse de Courrèges. Coupes trapèzes mais ajustées, couleurs vives atténuées par des matières mates comme le crèpe de laine, monochromes de blanc ou de noir réveillés par l'éclat du vynil ou du cuir, tout, chez Courrège est équilibré et cet équilibre défie le temps.

Avec 20 millions de chiffres d'affaires, une marque tombée dans l'oubli, une clientèle plus réduite que la cuisine d'un T2 à Paris, les deux repreneurs semblent tombés sur la tête. Comme ils ont réussi à convaincre leur banque de les suivre et vu la frilosité actuelle des banquiers, on ne se dit qu'ils ne doivent pas être si fous que cela. Ils ont surtout un as dans leur manche : le stock d'invendus de Courrèges. 25 000 pièces des années 60 à 2000, entreposées dans l'usine de Pau... De quoi créer une émeute chez les folles de vintage. Imaginez : des rayons entiers de jupes, de manteaux, de blousons, de sacs d'époque, soigneusement étiquetés et conservés, neufs. Je voudrais voir ça (et mourir ensuite en paix, amen).

manteau Courrèges vu sur Etsy - 20 $
La trésorerie ne permet actuellement pas d'opérations de prestige ni de défilés. Pour faire (re)connaître Courrèges, Jacques Bungert et Frédéric Torloting utilisent leur expérience de publicitaires. Et du bon sens (ce n'est pas si courant) pour reprendre pied doucement et s'allier une clientèle jeune, à la recherche d'un chic sans chichis. Ils misent sur un site marchand attractif (j'ai adoré la navigation, les photos, tout! clair, détaillé, simple, un vrai bonheur) et des associations ponctuelles (comme à Noël 2011, une bouteille d'Evian siglée en vente exclusive chez Colette).  

Courrèges signe là une vraie cohérence et les deux compères ont du nez : ils ne luttent pas contre des marques plus tapageuses, ils les esquivent et veulent récupérer une clientèle de trentenaires actives et argentées à la recherche de pièces basiques mais pas classiques, dans l'air du temps sans être démodées en 3 mois. Avec Courrèges, c'est le carton plein! Et la marque a un tel ADN (oui, je fais ma modasse) qu'il n'y a pas besoin de styliste de génie pour la remettre au goût du jour. La jupe trapèze ne meurt jamais, c'est d'ailleurs la forme qui va à toutes les morphologies. Il était doué, André.

Donc, si tu gagnes plus de 4000 euros par mois, exerce une profession en relation avec des clients et des partenaires assez conventionnels mais que toi, tu ne l'es pas, cours chez Courrèges!
Si tu gagnes le salaire moyen d'une française (à savoir 25 % de moins encore qu'un français moyen) mais que tu es folle des années 60, cours sur Etsy.

La renaissance de cette marque m'émeut, comme m'avait émue celle de Carven ou de Fath. Je comprends et j'admire la position de Madame Courrèges. Messieurs Bungert et Torloting, je vous en supplie, prenez bien soin de cette Maison qu'elle vous confie. Elle vous le transmet comme une mère donne la main de sa fille.

On oublie trop de grands couturiers toujours vivants et dont l'apport au patrimoine de la mode est sans commune mesure avec les collections jetables dont on nous vante l'unicité. Que retiendra-t-on de la coupe, de la couleur ou de la matière d'une veste Bash / Maje / the Kooples / ... dans 50 ans ?

Pour aller plus loin : 
Le site officiel Courrèges

Les modèles entrés au Métropolitan Museum (certains dès 1972!)

robe 183 - modèle Courrèges
source : Courrèges.com
Interview de Jacques Bungert et Frédéric Torlotin par le Républicain Lorrain

stelda

17 commentaires:

  1. Valérie { Atelier rue verte }10 mai 2012 à 06:44

    J'aime quand tu nous ouvre les portes des grands noms de la couture , peut-être un peu oubliés quoique ... ah, oui , j'ai plus de 30 ans donc le nom me dit quelque chose !!!

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    1. Quand j'avais 10 ans, j'avais piqué à ma mère un vieux livre sur l'élégance féminine... Et Courrèges y figurait en bonne place, au rang des marques "mode et jeune". Je crois que ça m'a marquée ;-). Depuis, je revois toujours ces photos en noir et blanc et je repense à cette odeur de vieux papier...

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  2. Super "reportage". "Comment elle était grave Françoise dans ses mini Courrèges !!!!" s'exclame la d'jeune qui lisait Salut les Copains qui sommeille en moi...

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    1. Tu me renvoies à mon vieux livre, Laurence ;-). Et aux pochettes de disques qu'on croise par hasard sur un vide-grenier ;-)

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  3. Une collection qui me rappelle des souvenirs, une élégance différente et beaucoup de classe
    Merci de cette piqure de rappel ma belle
    Bisous

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    1. Je t'en prie Sylvie ;-). Tu le dis très justement : une élégance douce et graphique à la fois. Hop, on retourne aux bases!
      Bises!

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  4. J'adore le vintage et j'adore Courrèges, les formes, les matières, le logo de la marque sont exceptionnel!!
    Merci pour cet article très intéressant...Oh la la!!! Je rêve de l'usine de Pau♥
    Bises

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    1. Tu m'étonnes!! Il y a de quoi en rêver... je n'ose même pas imaginer cet endroit incroyable.
      Bises, Nad ;-)

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  5. J'ai unen amie qui s'est mariée récemment en petit tailleur Courrèges : elle était sublime! Merci pour ce billet avec lequel je suis d'accord à 100%. EN plus, la forme trapèze me va, ce qui n'est pas le cas de toutes les formes...!!!

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    1. Ohlala, ton amie devait être à croquer! Quand on disait qu'il n'y a pas que la robe "de mariée" pour se marier ;-)
      Mais ce qui est fou, c'est que c'est difficile de trouver des robes ou des jupes trapèzes! Je ne comprends pas : la forme trapèze va à TOUTES les femmes (hormis les très très très maigres, parce que ça fait sembler les jambes encore plus fines). Ca gomme la culotte de cheval, ça met en valeur le derrière même rebondi, ça affine les jambes, c'est top, quoi!
      Militons pour le retour de la forme trapèze!!!

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  6. Quel bonheur de te lire parler de Courrèges! Je suis une fan malgré mes moins de 30ans!

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    1. Je sais que c'est l'un de tes chouchous, héhéhé ;-)

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  7. Super intéressant, comme toujours ! J'adore tes articles découverte de maison de couture / de créateur, c'est toujours des histoires incroyables :)

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    1. Merci Pipou ;-). J'adore la petite histoire de la grande Histoire, c'est toujours plein d'humanité... Et je suis contente si je le partage bien :)

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  8. Encore un article formidable :)
    Je ne connaissais pas cette marque, je la découvre. J'aime beaucoup, je me suis régalée sur le site! Beaucoup de classe et de simplicité.
    Et... "Donc, si tu gagnes plus de 4000 euros par mois, exerce une profession en relation avec des clients et des partenaires assez conventionnels mais que toi, tu ne l'es pas, cours chez Courrèges!" J'ai juste pas 30 ans, mais... D'ACCORD =D
    Pour ce qui est du rachat de la marque et de la problématique que tu développe, et qui a été celle de Madame Courrège, de toute évidence, je la rejoins totalement et je trouve ton analyse très fine =) Sans esprit, sans Histoire, la marque n'est rien de plus qu'un nom sans âme, une valeur marchande...

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    1. Chouette alors! une nouvelle cliente pour Courrèges :)) Si j'osais, je lui écrirais, à cette petite dame pour la remercier de nous rappeler l'essentiel. J'ai trouvé ça merveilleux.

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  9. thanks a lot for revealing. i was seeking something of that nature. Diablo 3 Gold



    Guild Wars 2 Gold

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