Un bon polar pour l'été

 

J'ai profité de courtes vacances, début juillet, pour mettre à jour ma pile de livres. En fait, je me réjouissais tellement de ces dix jours passés en quasi totale déconnection dans un trou paumé de la Drôme que, depuis le mois de mars, j'avais même mis de côté des livres pour les savourer à ce moment-là. Bref, en 20 jours, j'ai dû avaler au moins 20 livres! Du coup, pour une fois, j'ai eu envie de faire un article sur mes coups de coeur littéraire.

Alors qu'est ce que j'avais dans ma besace ? Des polars, d'abord, un genre que j'adore mais sur lequel je suis extrêmement tatillonne (presqu'autant que pour choisir un sac à main, c'est vous dire) : je l'aime bien écrit, original et pas trop saignant. Je lis de moins en moins de thriller : je trouve que c'est un peu facile de faire trembler le péquin en sortant de son imagination les crimes les plus malsains. Ainsi, j'ai arrêté au chapitre 2 ma lecture de La Chambre des morts, de Franck Thilliez. Trop glauque (et pourtant, hyper, hyper bien écrit). Cet été m'a permis de découvrir quelques polars sympa, très british comme je les aime ou au contraire, qui baladent le lecteur dans des mondes méconnus.


Diplomatiquement vôtre

Les Saisons inversées

Un diplomate est retrouvé mort, égorgé, dans son appartement parisien. Evidemment, dans les couloirs feutrés du Quai d'Orsay, l'affaire fait désordre. Le directeur demande à René Turpin, un fonctionnaire discret, de collaborer avec les enquêteurs. Le petit fonctionnaire qui s'ennuyait va vite se prendre au jeu et remonter le fil de l'Histoire... qui l'emmène à l'époque des grandes révolutions, en Iran et au Chili.
J'ai adoré ce livre, parce qu'il change d'un polar classique. Ici, l'enquêteur est un civil, complètement étranger aux milieux de la police et de la justice et ce sont ses connaissances personnelles qui lui permettent d'avancer. L'auteur (qui publie sous un pseudo) est un ambassadeur de France et il nous fait découvrir le quotidien d'une administration assez éloignée des pubs Ferrero Rocher.
Côté écriture, ça se lit tout seul. Pas d'effet de style, mais une plume qui coule toute seule. Bravo à Renaud S. Lyautey pour ce premier roman, en espérant qu'il y en ait d'autres : René Turpin ferait un excellent héros de série.

Renaud S. Liautey, Cadre noir / Seuil, 256 p., 18 €.

Le plus terrifiant

La Prophétie de Langley 

Trader dans une prestigieuse banque française, Ludovic d'Estre brasse chaque jour des millions d'euros. Rien ne le prédisposait à être abattu de trois balles en pleine rue, à Versailles. Parce qu’il a un passé de petit délinquant, son collaborateur Reda Soulami est accusé du meurtre. Le voilà contraint de se rapprocher de vieux copains d'enfance pour sauver sa peau. 
L’enquête bringuebale les policiers des caves de cités aux back-office de la finance.  Un excellent roman de gare, un vrai, comme on n'en fait plus beaucoup : l'auteur (un ancien flic) se concentre sur l'histoire et elle se suffit à elle - même. Les personnages ne sont pas très originaux mais très humains et ce roman est loin d'être simpliste : le personnage de Reda Soulami pose la question de la destinée et de la rédemption. Jusqu'où reste-t-on marqué par son origine ? Peut-on y échapper ? Enfin, l'attentat imaginé dans ce roman il y a plus de deux ans bien failli se réaliser pour de vrai il y a quelques semaines. En prime, Pierre Pouchairet nous explique les dessous de la Bourse et des manipulations financières. Et c'est aussi flippant que les histoires de tueurs en série.

Pierre Pouchairet, éditions Jigal, 280 p., 9,80 €.


100 % scientifique

Signe de vie
 
Trois jours avant son mariage, l’historien et cryptanalyste Tomás Noronha est recruté par la NASA pour participer à une mission unique : aller dans l’espace, à la rencontre d’un vaisseau inconnu qui se dirige vers la Terre. Car tous les scientifiques en sont persuadés, ces extra-terrestres sont forcément bienveillants... 
L’auteur nous rappelle qu’il n’y a pas besoin de tueurs sanguinaires pour donner des cauchemars aux lecteurs.. et que les scientifiques aussi peuvent se tromper. 
J. R. Dos Santos est un journaliste portugais et ça se sent : ses livres sont hyper documentés, l'écriture, efficace mais pas clichée, est très différente du style américain auquel on est (trop) habitué dans beaucoup de thrillers. Dans Signes de vie, il a la bonne idée de saupoudrer des petits moments plus humains entre deux explications scientifiques et du coup, ça passe crème : j'ai lu le pavé (700 pages, quand même!) en 3 séances. Même si vous ne pigez goutte à l’astrophysique (comme moi), vous allez vous laisser embarquer (comme moi) par ce thriller vraiment flippant. J'ai toujours eu une peur irraisonnée de l'espace, là, j'étais servie! 
C'était le premier roman que je lisais de cet auteur et du coup, j'ai embrayé sur un deuxième : Vaticanum, avec le même héros, mais cette fois, il s'agit de l'enlèvement du Pape par un commando de djihadistes (décidément, en ce moment, ils inspirent les romanciers).


Economique

Racket
À Paris, un géant américain braque un joyau de l’industrie française : kidnapping, chantage, extorsion, meurtre... Le gouvernement ne voit rien. Tout s’achète, et personne ne résiste à la menace. Sauf deux flics, dont Noria Ghozali, commandante au Renseignement intérieur. Un nom pas facile à porter en ces temps d’attentats islamistes. Et le commissaire Daquin, dont la carrière est derrière lui. 
Un thriller nerveux, à l’écriture moderne, inspiré d’une histoire vraie (que vous reconnaîtrez peut-être si vous lisez les pages éco des quotidiens). Et pour info, l'auteur est spécialisée en histoire de l'économie. 
 Ce roman m'a fait découvrir la nouvelle collection polar lancée par les éditions Les Arènes. Et ils n'ont pas fait les choses à moitié, puisqu'ils ont débauché le directeur de collection de la Série noire de Gallimard. Racket reprend les codes de beaucoup de thriller, avec des morts bien crades et des pervers très pervers mais son thème le fait sortir du lot. En France, les polars économiques sont plus rares, mais c'est un univers que j'adore. Et je pense honnêtement que dans ces cercles-là, la réalité dépasse largement la fiction.
Seul hic : l'emploi du présent comme temps de narration. Une mode qui m'exaspère. Ici, c'est plutôt maîtrisé, parce que le récit est très haché, on saute d'un évènement à un autre. Mais clairement, ça gratte un peu.

 

Canadien

Nature morte (et la suite)

Impossible de vous parler de polars sans évoquer cette série canadienne. Bienvenue au pays des caribous, du sirop d’érable, des grands froids, au coeur des enquêtes de l'inspecteur-chef Armand Gamache. 
Pleine de charme et de finesse, cette série devenue culte au Canada peut se savourer toute l’année. Attention : elle ne se lit pas en 2 jours! D'abord, parce que chaque tome fait entre 400 et 600 pages, mais surtout parce que l'auteur nous décortique les personnages et l'ambiance et prend son temps. Je passe plutôt 4 à 10 jours sur chaque livre. Du slow polar, quoi.  Et ça fait du bien.

Louise Penny, éditions Babel.  





Historique

1789, l'été de sang

Y a-t-il eu un complot pour faire échouer les Etats généraux et dénigrer le Roi ? La Révolution française est-elle née d'un scandale financier ? Au mois d'avril 1789, le meurtre mystérieux d'un couple pourrait bien cacher un complot contre l'Etat et contre le peuple. C'est le frère de la jeune femme assassinée qui va découvrir la clé du mystère.
Impossible de vous en dire plus sans révéler l'intrigue! Plus jeune, j'ai dévoré les romans historiques et puis, je ne sais pas pourquoi, l'envie m'en a passé. Une overdose, peut-être. Ce polar m'a réconciliée avec le genre. Frédéric Michelet alterne très habilement l'usage de la première personne et un point de vue extérieur, l'écriture,  charmante, nous embarque en douceur dans le XVIIIe siècle et il a construit des personnages extrêmement attachants. Bref, comme Signe de vie, un thriller qui prouve que certains auteurs osent sortir des codes classiques du genre. Et ça, c'est vraiment chouette.
By the way, j'ai ainsi découvert une toute jeune maison d'édition qui fait un super boulot.

Frédéric Michelet, éditions Inspire, 396 p., 22.50 €.

Malin

Comptine mortelle


Conway est un auteur à succès mais son dernier roman n'est pas comme les autres : en s'y plongeant, son éditrice, Susan, découvre que le manuscrit est incomplet et son auteur est en danger. Susan, devenue détective malgré elle, doit déchiffrer le puzzle de cette comptine mortelle... 
Cette mise en abyme est une vraie réussite ; l’auteur réussit un joli tour de force en entremêlant deux romans policiers et en jouant sur deux tons très différents, un style très Agatha Christie et un autre à la Sophie Kinsella. 500 pages avalées en deux jours... et je n'ai qu'une hâte : lire le prochain roman de cet auteur, découvert grâce à mon amie Chloé.

Anthony Horrowitz, Editions Le Masque, 500 p., 19,50 €.

So British

L'assassin du train - Les Soeurs Mittford enquêtent

Le corps de Florence Nithingale Shore, une infirmière et héroïne de la guerre, est retrouvé dans un train. Qui l'a tuée ? Et pourquoi assassiner une femme respectée de tous ? A la suite d'un concours de circonstance, Louisa et Nancy, respectivement domestique et jeune fille de bonne famille, vont unir leurs forces pour mener l'enquête.
Amis de l'Angleterre des Années folles, bonjour! Jessica Fellowes a choisi pour héroïnes les soeurs Mitford, une fratrie de la haute société anglaise, qui a réellement existé et qui a défrayé la chronique entre les années 20 et les années 50. Elle retranscrit à merveilles la drôle d'ambiance de l'époque, celle d'un pays qui se relève tout juste d'une guerre terrible et découvre le jazz, les garçonnes et l'émancipation des femmes. Même si le fil de l'enquête est un peu noyé, ce roman, comment Comptine mortelle, reste un délice pour les amateurs du genre whodunit. Et un immense merci aux Editions du masque qui se décarcassent pour offrir de belles couvertures à leurs auteurs!

Jessica Fellowes, Ed. Le Masque, 496 p., 20.90 €.

Merci à mes amies Maeve et Chloé pour leurs conseils, à Agnès et Audrey pour les découvertes. 

A suivre : ma sélection de romans loufoques et poétiques (et j'ai une jolie pile sous le coude!).

stelda

6 commentaires:

  1. Que de choix. Toutes tes critiques me donnent envie.

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    1. Ahahah! C'est parce que je n'ai parlé que des bons livres :) Les trois premiers romans lus au début des vacances étaient loin d'être aussi enthousiasmants.

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  2. merci pour les idées de lecture, nous adorons les polars - d'ailleurs, pourquoi nous les femmes aimons tant ces histoires ?

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    1. Parce qu'on se fait peur sans prendre beaucoup de risques ? Et surtout, parce que c'est généralement très moral : le tueur / criminel est arrêté à la fin (dans 99 % des cas). Et il paraît que les femmes ont un sens de la justice beaucoup plus poussé que les hommes ;)

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  3. Cela faisait (trop) longtemps que je n'étais pas passée par ici, à tort ! Tu me donnes des envies (et des idées de cadeau qui tombent à pic)! Merci !!!

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    1. Hahaha, tant mieux :) attention, j'ai un autre article sous le coude sur une sélection de romans, hors polar, vraiment chouettes.

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