Les dessous de Chantal Thomass


Chantal Thomass, c'est une marque de lingerie mais surtout une femme, tombée dans la mode comme on entre en religion, une femme dotée d'une énergie aussi forte que son caractère. Devenue, comme Karl et son catogan, un logo vivant : frange noire, carré lisse et bouche rouge, on connait tous cette silhouette devenue légendaire grâce au publicitaire Benoît Devarieux.

Mais ce que l'on sait moins, c'est qu'elle fut la première à mettre la mode "sens dessus dessous", en utilisant, par exemple, des tissus de prêt-à-porter pour faire de la lingerie. Ca, personne n'y avait songé. L'époque était plutôt à brûler les soutiens-gorge, symbole de ringarditude ou de soumission. Chantal Thomass, elle, y voyait un terrain de jeu pour sa fantaisie. Et mélangera allègrement coton vichy, plumetis noir, dentelle à pois, velours, écossais et froufrous. Se faisant lyncher par les féministes alors qu'elle voulait au contraire que les femmes s'amusent avec la mode et gagnent en fantaisie. 


Je l'ai croisée une fois, au salon Maison & Objet. Tellement stupéfaite de tomber sur elle dans une allée déserte, que je n'ai pas osé l'aborder. Je ne savais rien d'elle à l'époque : même si sa silhouette a fait le tour du monde, elle a toujours été extrêmement discrète.

Comment la jeune fille introvertie qu'était Chantal a-t-elle fait de son visage un logo ? Comment est-elle passé de la création de robes en soie peinte à celle de collants Dim ? Comment a-t-elle concilié sa vie de famille et son métier ? La styliste dévoile enfin les coulisses de cinquante ans de carrière dans Sens dessus dessous, une autobiographie parue début octobre. Un témoignage impressionnant de l'évolution de la mode et du milieu de la couture. 

Chantal Thomass a débuté en même temps que ses amis Claude Montana, Jean-Charles de Castelbajac, Thierry Mygler, Kenzo...  C'étaient encore les années peace and love. Elles seront très vite suivies des années bling-bling et de l'avènement du créateur-star. Elle raconte ses premiers défilés bricolés avec les copains, les chaussures dont on change la couleur pour chaque passage à coups de bombe de peinture, les critiques enflammées des rédactrices de mode. Elle nous partage aussi le quotidien d'une telle entreprise : la négociation des contrats, les licences, l'ouverture du capital... Les succès, les coups de génie (comme les collants fantaisie), les scandales (dont le dernier fut celui des mannequins vivantes dans les vitrines des Galeries Lafayette, en 1999!) et les déboires, dont le plus douloureux fut la perte du droit d'utiliser son nom. Une mésaventure que d'autres stylistes ont connue. 

Sens dessus dessous n'est pas un livre littéraire, mais en le lisant, les passionnés de lingerie  mesureront mieux ce qu'ils doivent à Chantal Thomass. Quant aux apprentis créateurs, ils comprendront que la vie de chef d'entreprise est loin d'être pavée de rose, même quand la marque rencontre du succès. 

 Sens dessus dessous, de Chantal Thomass, éd. Michel Lafon, 18 €.

stelda

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