A nos génies, nos fous, nos fantômes : RIP

Ils étaient les rois du pétrole de la mousseline. Certaines étaient prêtes à jeter père et mère dans l'escalier pour une place à leur défilé, pour respirer un peu de leur génie. Un bouton ou une aiguille tombée à terre se transformait en relique. En pleine fashion week, qui a une pensée pour les anciens rois de la piste ?

Decarnin (1964 - 2011)
Une minute de silence pour ceux qui nous ont fait rêver, ont enrichi un sacré paquet d'ingrats et donné du grain à moudre à une quantité d'écervelés :

Galliano : disparu de la surface de la Terre. Rayé du site de Dior, à peine son nom réapparaît-il subrepticement dans les brèves judiciaires, il y a quelques jours.
Plus fort encore, il n'apparaît quasiment plus sur le site de la marque John Galliano : parler d'une marque qui porte le nom de son créateur sans le nommer, c'est fortiche, non ? Les incrédules peuvent cliquer sur l'onglet Brand, ça vaut le détour. Je pense que la marque Karl Marc John doit être bien emmerdée, le nom est devenu beaucoup moins vendeur : à peine ose-t-on le prononcer à voix basse derrière deux pages de Vogue.

Decarnin : depuis avril 2011, il s'est littéralement volatilisé. On a appris après son dernier défilé qu'il ne travaillait plus chez Balmain depuis un mois ou deux, ou trois, on ne sait pas trop... En moins de 5 ans, il avait transformé une respectable vieille dame en rockeuse endiablée ; accessoirement, il avait doublé le chiffre d'affaire de la Maison et l'avait ramenée au-devant de la scène. Qu'il soit aujourd'hui en HP, au vert chez sa grand'mère ou en train de faire de la poterie, son talent ne semble manquer à personne. Et plus personne ne prononce son nom.

Lacroix : on le distingue de temps à autres, entre une ligne de maroquinerie sous licence et le vernissage d'une exposition... Mais fini les envolées de dentelles, les tourbillons de couleurs, les mannequins hispanisantes. Il avait relancé la haute-couture française. Et pas grand monde ne semble se dévouer pour le relancer.

Martin Margiela : lui, on ne le connait pas. A se demander même s'il a existé. S'évaporant tour à tour d'Hermès puis de sa maison éponyme. On le croise peut-être tous les jours... sans le savoir. Si ça se trouve, c'est Jicky. Ou Nina. Ou moi. Bref, le fantôme court toujours. Et la planète mode continue de tourner. C'était là encore un génie irremplaçable dont tout le monde se passe très bien. Peu importe le créateur pourvu qu'on ait la veste.

Pour McQueen, il est mort, on s'en rappelle donc (un peu), comme de Versace. Il est des mondes où il ne fait pas bon être vivant.

Il y en aurait bien d'autres, en cherchant un peu mais je les ai peut-être moi-même oubliés. Pardon.

stelda

40 commentaires:

  1. je me rappelle, ça m'avait fait quelque chose quand McQueen était mort, c'est bizarre comme quoi on s'attache à certains sans jamais les avoir rencontrés, peut-être son génie qui me fascinait !

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    1. McQueen, comme beaucoup de couturiers, était un vrai artiste.

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  2. Nan. Moi c'est Victoria Beckham
    (nan mais pliée de rire, ta phrase)

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    1. Ca m'a toujours intrigué, cette histoire avec Margiela. En même temps, il a eu raison : il peut dire fuck à sa boulangère, personne ne le saura!

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  3. Je crois qu'il y en a pleins d'autre comme un peu moins haute couture plus dans le style d'Agnès B, Elisabeth de Senneville : au misé de la piscine de Roubaix, on trouve quelques reliques et à 15 ans j'avais économisé dur pour m'acheter 1 des T-shirts de la collection.

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    1. oui, je n'ai pas parlé de ceux qui ont été reconnu l'espace d'un instant et ont disparu aussi vite. Agnès B, je ne la classerais pas dans les couturiers mais plutôt dans les industriels. J'ai regardé l'exposition d'Elisabeth de Senneville : magnifique!!

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  4. Bel hommage à ces disparus de la mode ^^

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    1. Ca me fait toujours halluciné, l'ingratitude de ce milieu où tout le monde s'appelle "ma chériiiie" :((

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  5. Je regrette beaucoup les collections de Christian Lacroix, les broderies, tout ça...et j'avais trouvé inouï qu'un couturier de son renon dépose le bilan.

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    1. Lacroix péchait vraiment sur le prêt-à-porter et c'est ce qui l'a tué ; aujourd'hui, pas de salut sans ça !

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  6. J'avoue que mon regret c'est la disparition de Christian Lacroix, pas Christian SNCF hein?!
    T'as oublié YSL, mais lui on s'en souvient.

    Bel hommage à ces morts vivant (mais où?)

    Bree

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    1. Oui, telle est la question... Decarnin, si tu m'entends, sache que je veux bien remonter une petite boîte avec toi ;-) YSLne mourra jamais, comme Coco, sa mémoire est soigneusement entretenue...

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  7. Mais tu parles de qui? ????!

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  8. Super billet, j'aime bien cet angle "les fantômes de la mode" :) bisous!

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  9. Galliano c'est bien l'exemple le plus frappant...

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    1. Je n'en crois toujours pas mes yeux, tu sais ?

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  10. On dit qu'un bon philosophe est un philosophe décédé... Peut-être que certains pensent que c'est de même pour eux ? :) A quelques détails près, évidemment, car ils ont tout de même marqué les esprits

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    1. Oui, comme un bon artiste, un bon écrivain, etc. Sale boulot, je te jure :-(

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  11. J'ai bien ri ! J'adore l'humour noir, ça fait passer la pilule. Imaginer Decarnin en HP ou une lectrice lambda du blog sous les traits de Margiela, c'est tordant. (Sauf si Decarnin est vraiment en HP)
    D'un autre côté, sauf erreur, je trouve que cet article est en contradiction totale avec celui qui nous rappelait les 100 ans de la loi de Poirot (hum, nldr : de Poiret, bien sûr). La contradiction étant une des richesses de l'humanité, loin de moi l'idée de blâmer celle que je crois déceler dans ces deux articles.
    Si on admet que la mode est à ce point une industrie, qu'elle ne varie plus que pour vendre, sans qu'on y définisse/attache aucun autre sens (esthétique, pratique, etc.) que marchand où la crainte de lasser les consommatrices prime... il est difficile d'être surpris par la valse des créateurs et leur disparition de la mémoire collective. A ceci près que la presse et les sites internet institutionnels ne sont pas le reflet de cette mémoire collective. Elle contribue certes à la construire, à travers ses représentations discursives et iconographiques à la diffusion de normes édictant qui est créateur/designer/grand couturier, mais elle sert prioritairement à défendre des intérêts professionnels (journalistes, attachés de presse and co), à vendre des objets et soutenir une industrie qui délocalise ses productions. Je crains que la mode soit devenue une simple multiplication d'objets plus qu'une création issue du cerveau inspiré d'un grand couturier.
    Je serais très intéressée d'entendre Galliano et le regretté Mc Queen parler de leur travail et de l'aliénation dont ils ont probablement fait l'expérience en mettant leur talent au service des grandes marques (oups, des grandes maisons, je veux dire ;-)) Ils ont sacrément pété les plombs tous les deux. Même si on ne peut pas mettre totalement leurs soucis personnels au compte de leurs conditions de travail, je doute fort que ces dernières aient favorisé leur épanouissement. Un homme aussi exigeant et sans concession qu'YSL n'aurait peut-être pas pu travailler, dans les conditions actuelles.
    La presse féminine entretient le mythe du grand créateur parce que lui aussi est vendeur, mais pour le reste, bof bof. Ce n'est pas par hasard si les blogueuses font des articles sur les personnalités de la mode, leur histoire, leurs créations. C'est donc bien que nous, clientes ou simples lectrices, sommes en attente d'un savoir sur ces questions qui n'est plus diffusé par la presse.
    Maintenant, les créateurs servent à rajeunir des marques qui vendent des p'tits sacs et des rouges à lèvres à une majorité de lectrices bavant devant des mallettes siglées Vuitton et hors de prix. La preuve en est : vous imagineriez une personnalité telle que feu Françoise Giroud être maintenant à la rédaction en chef du magazine Elle ? Le journal est juste bon à être lu dans une salle d'attente, ou allongée sur un canapé pour se détendre, mais il n'a plus rien de prescripteur en matière d'évolution des modes de vie. D'ailleurs, dire que nous, femmes intelligentes, le "lisons" est un bien grand mot.
    Il m'étonnerait fort que Giroud se soit un jour permise de tirer une mandale à une attachée de presse, comme l'a fait celle de Jalouse récemment. Le montant demandé par sa victime en guise de réparation en dit long sur le rôle tenu par l'argent dans ce monde. L'argent est loin d'être une chose méprisable, mais quand il devient l'unique critère, on est en droit de se poser des questions.
    Bon, hein, je le reconnais, ce sont des raccourcis rapides que je fais là et je n'ai pas l'intention de vous déprimer, Stelda. Mais sans pessimisme outrancier, il faut reconnaître que les temps ont bien changé.
    Du coup, je me remets à relire la série des Hercule Poirot.
    Nina

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    1. J'ai traité la chose sur le ton de l'humour parce que je trouve ça très ironique. Mais Decarnin a réellement été interné, le malheureux. Après McQueen qui se fout en l'air et Galliano qui pète les plombs, Café Mode avait écrit un bel article "on achève bien les créateurs".
      Je crois que je vais vous répondre par un article complet, Nina, ce sera plus simple ;-)
      PS oui, c'est pour ça que j'aime aussi Hercule Poirot et son délicieux interprète!

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  12. *Elle contribue" (= La presse) - N.

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  13. Génération kleenex ... t'es usagé, j'te jette !!
    Enfin, même si ce n'est pas charitable de rire du malheur des autres, ton billet m'a beaucoup amusée.

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    1. Je trouve qu'il y a beaucoup d'ironie dans toute cette effervescence. La roche tarpéienne est proche du Capitole, en 2012 comme en 30 avant JC

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  14. Un billet coup de gueule ... Passionnant tu as raison il est de la mode comme du reste un jour au firmament le lendemain aux oubliettes
    Comme toujours les morts sont parés de qualités
    Bisous

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    1. Eh oui! Vivement qu'on soit six pieds sous terre :D

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  15. Decarnin tu dis ? Mais c'est qu'il est super beau le bougre !!!
    En plus de mes fantasmes Balmain, tu réveilles la cougar en moi ;)

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    1. Et il a l'air d'un gentil garçon, en plus ; il a des airs de Cyril Lignac, tu ne trouves pas ?

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  16. Hello Stelda,
    Ton post m'a fait penser au designer de chaussures Gil Carvalho que j'ai découvert récemment (c'est à dire 3 plombes après tout le monde). Je trouve qu'il fait des choses intéressantes, alors je commence à rêver et à chercher un peu sur le net, mais le brave bonhomme a apparemment disparu.
    Je lance un avis de recherche !
    Bises <3

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    1. Malheureusement, il y en a beaucoup qui ferment du jour au lendemain... Envoie un mail à Anne, de Chic and Geek : elle est incollable sur les créateurs de chaussures et les créateurs parisiens! S'il n'est pas reconverti en pâtissier ou parti dans un ashram, je pense qu'elle saura t'indiquer où le trouver ;-)
      Bisous, Ellen

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  17. "ll est des mondes où il ne fait pas bon être vivant". C'est tellement bien dit. La chose n'est pas nouvelle, malheureusement. Combien d'auteurs célebres uniquement post-mortem, comme si une peu de tragédie apportaient finalement de la profondeur à leurs oeuvres? Comme si il fallait d'abord connaitre la fin, pour s'intéresser ensuite à la genése...

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    1. Alors qu'au contraire, connaître la genèse permet souvent de comprendre la fin ;-)

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  18. bel hommage à Galliano et aux autre créateurs que l'on oublie trop souvent...

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  19. Je me disais bien qu'on entendait plus parler de certains stylistes alors même qu'ils étaient encore vivant... Mais il me semble qu'on a jamais vu Martin Margiela, si ? J'aurais tendance à dire que ceci est la faute des grands groupes dont les bénéfices importent plus que le véritable art.

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    1. Oui, Martin Margiela ne s'est jamais montré et il a toujours voulu signer les collections du nom de sa maison ; pour lui, c'était toute l'équipe qui méritait les feux de la rampe et non un seul

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