Guillaume Erner, docteur Freud de la Mode




Si la mode actuelle a tué certains métiers, elle en a créé d'autres. Outre le photographe, le maquilleur, le créatif, les années 60 ont vu l'avènement du spécialiste des tendances. D'abord cantonné à la mode vestimentaire, l'analyse des tendances a gagné aujourd'hui tous les secteurs ; de la bière à la voiture, chaque marque désosse l'air du temps.

Parmi les gourous du milieu, il y a les grands cabinets (Nelly Rodi, Promostyl, Peclers, Carlin...), et quelques spécialistes dont les travaux sont soigneusement décortiqués par les dits cabinets.
Les premières bases de la sociologie de la mode ont été posées par Roland Barthes. Depuis, la mode est reconnue comme un fait social total : pour la comprendre et l'intégrer, on doit balayer l'ensemble de la vie sociale d'une époque et / ou d'un pays (religion, politique, arts, économie...)

Cet homme fin, discret et drôle rêvait de devenir sociologue.

Son père tailleur lui rit au nez : "ce n'est pas un métier! Si tu veux aller à la fac décortiquer le monde, débrouille-toi mon fils!".
Le jeune Guillaume travaille donc dans le Sentier pour payer ses études. Le Sentier, c'est une micro société... On y croise les vendeurs, les acheteurs, les stylistes, les grossistes, les importateurs, les modélistes, les marchands de tissus, les clientes. Un monde à part, le coeur de la mode de la rue.
A la fin de ses études, Erner décide d'étudier cette deuxième famille. Et tout naturellement, il devient l'un des premiers sociologues spécialisé dans les phénomènes de modes.

Dans l'interview ci-après, la jeune femme se justifie de ses achats compulsifs en disant : J'avais envie de me faire plaisir... Cette phrase est bien souvent la justification ultime à tous nos débordements. Se mettre à découvert, c'est se faire plaisir ? Ne plus oser ouvrir ses relevés bancaires, c'est se faire du bien ? Ou s'agit-il d'une expression d'un mal-être ?

Erner remet doucement les choses à leur place, rapportant l'attitude des femmes d'aujourd'hui à celle de Madame Bovary.



Qui a dit que bien souvent femme varie ? elle n'a pas changé en deux siècles et demi!

stelda

15 commentaires:

  1. Ma être entretenu par les médias, enfin à mon avis. Besoin de se rassurer de se consoler... Una addiction nocive, tu as raison.
    Beau partage
    Bisous

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    1. oui : au final, c'est une réponse un peu triste et qui ne nous procure pas de vrai plaisir. Je n'avais jamais réfléchi à la bovarisation des consomatricesactuelles mais Guillaume Erner a des réflexions très pertinentes et toujours bienveillantes.
      Bisous et bonne journée, Sylvie

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  2. J'ai vu cette vidéo chez Marie chic fille. Je me suis également intéressée à la sociologie de la mode mais surtout à la psychologie, voire la "psychopathologie" qui s'exprime avec la mode, la compulsion d'achat, etc. Le côté qui m'attire le plus, évidemment, c'est la partie addiction, passage à l'acte, angoisse du manque, etc...
    Certains mécanismes sont identifiés. Les expressions du malaise prennent des formes diverses. Passionnant pour le praticien mais aussi matière à thérapie, donc soulagement pour les patients. Car finalement pour certains, lorsque la convoitise s'éteint par l'achat, il n'est pas rare que ce dernier soit suivi de frustration. Le désir étant plus important que la possession en elle-même du point de vue psychique.
    Les marques surfent d'ailleurs sur cette vague, cette pathologie grandissante. Il n'y a qu'à voir la boulimie de création de lignes, en maquillage notamment. Mac pour n'en citer qu'une, sort pratiquement tous les deux mois, une nouvelle gamme au nom plus ou moins exotique, et parvient à créer le besoin chez les beautystas. Et Mac n'est pas tout seul dans ce cas, loin de là !
    J'espère que je ne t'ai pas saoulée ;))

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    1. Au contraire, je trouve ton commentaire passionnant!
      "Le désir étant plus important que la possession en elle-même". C'est exactement ce que dit la vidéo : l'acte d'achat devient plus important que l'achat lui-même. C'est fou, non ? C'est presque une s*xualisation de l'achat.
      J'ai lu un billet aujourd'hui chez Marie portant sur le thème... l'investissement dans l'apparence pour combler le vide. Je l'ai trouvé passionnant, il montre bien à quel point on peut se perdre : mode, alimentation, s*xualité, tout peut devenir une drogue lorsqu'on l'utilise en dérivatif à un vide intime qu'on ne sait pas combler.

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  3. Un ange et un diable se battent continuellement. Mon combat quotidien : personne ne gagne.
    Sujet passionnant.

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    1. Je trouve ton expression très mignonne!

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  4. Super intéressant ton article! La vidéo en a l'air aussi, je me garde ça pour ce soir ^^

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    1. Honnêtement, Erner vaut le détour! Il faudrait que j'en parle un peu plus longuement un de ces jours ;-)

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  5. La sociologie de la mode. Thème jamais abordé à la fac, pourtant il est presque central finalement.
    Tout tourne autour de ça. On fait et défait le monde ou les gens en fonction de la mode. La mode est cyclique, comme le monde et les sociétés. Chaque génération a eu son look et sa façon d'appréhender la fringue ou la mode.

    J'aimerais bien que tu nous parle d'Erner ou un homologue.

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    1. C'est tellement étrange, n'est-ce pas, qu'un fait social aussi important que la mode ne soit pas étudié en fac! La mode a elle seule permet de décrypter les moeurs sexuelles, l'influence religieuse, le climat politique, la santé économique... à croire que le sujet reste encore trop futile aux yeux de nos élites universitaires ;-).

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    2. Parce que dés qu'on parle chiffons, les ""intellectuels"" fuient!

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    3. On en revient à la question qui fâche : quand cesseront-ils de croire que la mode n'est que futile ? ;-)

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  6. Un sujet qui nous touche toutes, il est difficile de résister aux sirènes de la consommation, il est nécessaire d'y résister sous peine de perdre son âme, un combat qu'on mène quand on résiste à acheter une jupe, des chaussures, que nous possédons déjà à l'identique, des bisous.

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    1. C'est tout à fait ça, Blandinette. On a bien sûr le droit de se faire plaisir, pour de vrai, quand les raisons sont saines ; mais dès qu'on a un coup de blues, la tentation est si forte de noyer son chagrin dans un nuage de poudre ou de tulle ;-)

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