La force du hors cadre

Les travaux imposés par l'école et les évènements de ces derniers mois m'ont fait glisser doucement du journalisme de mode au journalisme de société. C'est une révélation que j'ai eu lors du procès suivi au tribunal de Tours. 

Pardon d'être moins présente ces dernières semaines et, pour celles qui me suivent sur Twitter, d'avoir pourri votre time line avec plein de trucs sur les municipales. J'ai consacré quelques soirées et quelques week-ends à suivre les meetings, les présentations de listes, à observer le travail des autres médias et c'était passionnant. Même dans une ville paisible comme Tours, il y aurait de quoi écrire des romans. On vérifie la réalité des clichés (qui n'en sont pas) et on observe tout le spectre de la nature humaine. On découvre qu'il y a encore (oui, oui) des gens engagés dans la vie de leur pays et qui passent une soirée entière à compter des papiers. Des petites vieilles, assises dans les couloirs de la grande mairie, qui devraient être au lit depuis longtemps mais qui, ce soir-là, ne partiront pas avant d'avoir le résultat. Des pères de famille qui emmènent leurs enfants suivre le dépouillement au lieu de les laisser devant Disney Chanel.


Bien sûr, je n'ai pas résisté à balancer quelques #PointFashion : même si l'habit ne fait pas le moine, il transmet un message. Conscient ou non. Et je suis étonnée qu'en 2014, des candidats ne s'en rendent pas compte. La candidate qui pose sur la liste du maire sortant vêtue d'un pantalon en cuir rouge et de grandes bottes noires, par exemple... ça fait bizarre. Surtout quand sa légitimité est déjà fortement remise en cause par les militants et les électeurs. 

J'ai toujours aimé regarder les gens, les écouter. Les entendre parler, se raconter, dérouler leur vie. Imaginer leur passé, leurs rêves. Comprendre leurs désespoirs. Il m'aura fallu des années avant de comprendre ce qui me poussait à devenir journaliste : pour créer un lien entre des univers qui ne se croisent jamais, en ouvrant des portes que le lecteur ne peut pas pousser. Ne pas juger mais montrer ce qui me marque, me fait rire, me choque et dire : "vous en pensez quoi ?" Parce qu'on n'est jamais objectif, juste essayer d'être simple et honnête. Parce qu'un journaliste n'est qu'un médium, il imbibe forcément ce qu'il retranscrit. Je déteste les cases. Je m'attarde donc souvent sur les tout cassés, les outsiders, ceux qui échappent au cadre de référence classique. Sûrement parce que mon cadre est complètement explosé et que je l'ai toujours vu comme une force.


Ces citoyens, de gauche ou de droite, bien ou mal sapés, jeunes ou vieux, portent tous une histoire. Qu'elle soit attendrissante ou exaspérante, elle mérite d'être racontée. Alors j'ai tenté un truc un peu dingue : faire un reportage photo sur la campagne de l'opposant au maire sortant. Comme je suis un peu pas douée, ma batterie m'a lâchée juste au moment de l'annonce des résultats. Au moment historique, quoi. Pas de photos des militants qui dansent, de l'heureux élu encore hébété de sa victoire, des drapeaux français agités sous les lambris dorés de la mairie de Tours. Ca me servira de leçon. 
Mais j'ai quand même eu les lunettes roses, au coin de la table. C'est l'essentiel.
Sinon, il paraît que les militants de la liste élue ont dansé sur la musique de Rocky. J'ai aussi loupé ça. M'en fous, j'ai la musique originale.


PS : promis, on retourne vite à la mode!
photos : Stelda

14 commentaires:

  1. J'aime aussi qu'on me sorte de mon cadre, ça fait du bien de temps en temps ;)
    Et je trouve cela très sympa de voir comment tu travailles, ce que tu retiens de ce que tu vois, et de l'idée que tu as d'être journaliste... je me dis que tu es bien plus impliquée et que ton oeil a ce petit quelque chose que je n'ai jamais vu chez mes camarades de promo à l'époque. J'ai hâte de suivre tes articles lorsque tu seras employée dans un magazine :)
    Passe une bonne journée.
    Bises :)

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    1. Merci Lilly! J'ai hésité à poster cet article qui sort du genre moresque mais j'avais vraiment envie de vous partager aussi cette évolution. Parce qu'elle est importante pour moi. Gros bisous!

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  2. C'est bien de te lire "hors cadre" aussi ! Moi, c'est sur les plaquettes des candidats que j'ai fait ma pipelette ... sur les coupes de cheveux, les clichés ont la vie dure !

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    1. Ahlala, les coupes de cheveux!! On a beau savoir que c'est secondaire, on ne peut pas s'empêcher de tiquer. Déformation de blagueuse mode, sûrement!

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  3. C'est bien de sortir du cadre, et tout le monde devrait le faire de temps à autre pour mieux voire après !
    En ce qui concerne nos personnalités politiques, mon dieu...hier soir, les messieurs portaient tous une cravate uni, et les femmes, l'éternel tailleur pantalon - risque zéro - mais vaut peut-être mieux qu'un pantalon en cuir rouge ?

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    1. Parfois, il vaut mieux éviter la fantaisie ;-).

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  4. J'aime bien la façon dont tu vois ton travail de journaliste. Mon soucis actuel est la recherche incessante du compassionnel, du voyeurisme de la larme en gros plan qui va peut-être qui est qui....ça y est, elle a coulé ! Bingo ! Alors écouter oui, mais faire dans l'indécence, j'aime pas. Ce monsieur vient de perdre son gamin dans un incendie. Foutons-lui la paix ! Tu ne crois pas ?

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    1. Je ne peux pas non plus. J'aurai l'impression d'instrumentaliser les gens qui me font confiance. C'est vrai que c'est dur de résister mais je pense qu'il est bien plus intéressant de laisser les gens montrer leur vérité. Simplement, ça demande du temps et c'est ce qu'on enlève le plus aux journalistes actuellement.

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  5. L'habit ne fait pas le moine mais il permet de rentrer au monastère, le message a du mal à passer....
    Bisous ma Stelda

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    1. Ah lala, je devrais donner tes coordonnées à cette dame :D. Gros bisous, Sylvie

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  6. J'ai suivie la campagne à Carnac, c'était très passionnant avec de belles batailles.
    Pour un reportage photo, toujours prévoir un deuxième téléphone.

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    1. Les pros ont toujours 2 batteries, minimum. Et souvent 2 appareils. On comprend pourquoi.

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  7. C'est bien aussi de sortir un peu de son cadre. D'ailleurs, on n'en sort jamais vraiment parce qu'on se rend vite compte que tous les domaines sont liés d'une manière ou d'une autre, et bien plus qu'on ne l'imagine. Et tu l'as très bien décrit !
    Sinon, c'est génial que tu aies pu suivre une campagne électorale d'aussi près. Si je comprends bien, tu t'intéresses à la politique d'un point de vue extérieur, en observant, en analysant et avec cette envie de transmettre. J'espère pouvoir te rencontrer un jour ou lire tes articles sur ce thème, c'est un sujet qui me passionne ;)

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    1. Je suis complètement d'accord. Et c'est ce que j'aime dans la mode : on pourrait tout y ramener ou, au contraire, extrapoler vers tous les domaines par son prisme.
      La politique... vaste sujet. Si tu veux, on s'appelle et on en discute ;-). J'ai eu des discussions enflammées, très respectueuses et constructives, avec deux amies rencontrées via les blogs. Comme quoi, les réseaux sociaux ne sont pas toujours synonyme de lynchage.

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