Trop de botox chez Léonard


pucci vs leonard

Dans les années 60, Pucci casse la baraque de l'autre côté des Alpes. Tombée aux oubliettes dans les années 80 et 90, Christian Lacroix d'abord, Mattew Wiliamson ensuite, l'ont remise au goût du jour. Le secret de Pucci ? des imprimés forts, reconnaissables à mille lieues. Ultra géométriques, couleurs très 70's, Pucci est devenu emblématique de cette mode qui sent la Dolce Vita.

Pendant ce temps, naissait en France une marque à contre-courant de ces graphismes ultra modernes : Léonard. Des fleurs, des fleurs. En 50 ans, elle développe sa tradition d'imprimés sur soie jusqu'à être reconnue Entreprise du Patrimoine Vivant.
L'arrivée de Maxime Simoëns* en tant que directeur artistique devait permettre à Léonard de s'ouvrir au grand public. 3 petits tours et puis s'en va, une collection plus tard le jeune prodige n'est plus là. Chargé de rajeunir la marque, il a eu comme qui dirait la main lourde sur le botox.

Si l'on regarde le défilé de l'hiver dernier et celui de l'hiver prochain, le contraste est saisissant. 



Les clientes ont dû être sidérées. Je suis atterrée. 
Sous la houlette de Véronique Leroy, c'était un défilé de blondinettes virvoltant avec leurs queues de cheval. En un coup de crayon, Léonard nous est revenu sous les enjambées d'amazones de compétition. Toute l'âme de Léonard est arrachée. 
Sans beaucoup de convictions, Maxime Simoëns a tenté quelques silhouettes fleuries. Ca jure. Entre une robe en pongé de soie fleurie, un fourreau brodé de fleurs en paillettes et une veste de brocard doré, ça me fait l'effet d'une tartine avec de la compote, de la marmelade, de la pâte à tartiner et du miel. 
Je comprends la déception et la colère de Daniel Triboulliard, le fondateur de Léonard : en regardant ce défilé, on pressent que Maxime Simoëns n'aimait pas Léonard. Les imprimés semblent le gêner, la féminité de la marque le met mal à l'aise. Il n'a rien compris à la marque. Sa collection apparait à l'opposé des codes Léonard, le plus grave étant qu'il n'a pas su imaginer un nouveau fil conducteur. 
N'est pas Jean-Paul Gaultier qui veut. Chez Hermès, on sentait qu'il avait à coeur d'en extraire le meilleur : les matières, le savoir-faire, la simplicité. Et c'est le contraire que Maxime Simoëns a imposé chez Léonard! Il a sacrifié l'essentiel : le flou, les imprimés légendaires, la féminité légère.
Malgré tout son talent, il manque à Maxime Simoëns une finesse. Manque d'expérience, manque de respect des maisons qui ont une âme et de ceux qui lui ont insuflé, manque d'amour aussi, je pense. Reprendre une vieille maison, c'est comme adopter un enfant. 

Pour aller plus loinLéonard, le site officiel

*Major de sa promotion à l'Ecole de la Chambre Syndicale de la Couture Parisienne, Maxime Simoëns a obtenu un Prix au Festival des Créateurs de Hyères. Après avoir créé sa marque, à 27 ans, il  était considéré come le "nouveau Yves Saint-Laurent".

stelda

21 commentaires:

  1. En effet, rien à voir avec ce qu'on a coutume de voir chez Léonard. J'adore tellement la soie et ce que cette maison en fait. Pas pour la même clientèle disons...

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    1. Pas pour la même clientèle, c'est sûr :D. Mais surtout, j'ai trouvé navrant que Simoëns jette aux orties tout ce qui "fait" Léonard. On a l'impression qu'il a sauté sur une opportunité professionnelle flatteuse, sans se préoccuper de "s'ajuster" à la Maison qu'il reprenait ; il aurait été DA chez Versace ou Dior, il aurait fait la même chose, je crois.

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    2. C'est exactement l'impression que cela donne. Il s'est cru arrivé, il s'est tout permis : résultat, cela lui est retourné dans la figure. Comme cela qu'on apprend !

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  2. Il y a de quoi s'étrangler effectivement. Non seulement l'âme de Léonard est arrachée comme tu dis mais même si j'oublie 2 secondes que cette collection est pour Léonard, elle est ratée. Pas d'unité, et alors le pire, une absence totale de classe, voire une certaine vulgarité. A trop vouloir casser les codes, on se trompe, lourdement.

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    1. Oui, le manque d'unité est criant! on saute d'une robe à la Elie Saab à une veste style Balmain, un coup c'est rock, puis antique, puis minimaliste, puis 80's... on est complètement perdu! Mon ancienne associée faisait ce genre de collection : hyper réussie techniquement mais aucun fil conducteur, aucune unité. Faire une collection, c'est faire des choix (même douloureux...).
      J'ai trouvé ce défilé très maladroit, malgré la technicité indiscutable des coupes. Je suis contente que tu partages mon point de vue, aucun magazine n'a soulevé la chose et je me demandais si ça ressortait ou si c'était une vue de mon esprit ;-)

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  3. Véronique Leroy était assez forte pour cette collection. La, je suis déçue

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  4. Ben... ça ne ressemble plus à du Léonard. C'est bien réalisé, mais banal. La marque que j'ai connue avait un petit côté suranné, très "Riviera et Promenade des Anglais". La classe à l'ancienne, quoi ;-) mais j'aimais cela. Nina

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    1. Nina, tu as trouvé exactement le mot que je cherchais : "suranné", c'est tout à fait ça. Et là, oui, c'est d'une modernité agressive et même pas originale...

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  5. Ah oui dis donc, rien à voir !!
    Je pense aussi à un terrible manque d'humilité... Ces designers qui veulent "laisser leur empreinte" sur des monuments qui les dépassent. Comme un graffiti sur le Taj Mahal.

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    1. J'adore ton expression :D. Oui, il y a de ça aussi ;-)

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  6. Au moins tout est dit... Il n'y a plus qu'attendre de voir le retour des clientes
    très interessant ce billet
    Bisous

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    1. Merci Sylvie ;-) Je ne connais malheureusement aucune cliente de Léonard. Mais j'ai hâte de voir la collection de son successeur, Raffaele Borriello. Je croise les doigts pour qu'il soit plus délicat.
      Bisous!

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  7. Ulala comme souvent ces derniers temps, j'ai l'impression d'être complètement à côté de la plaque (je connaissais pas du tout Léonard gloups !)
    Fin du coup, après lecture de ton article, j'ai la sensation d'apprendre plein de choses et pis jvais pouvoir me la péter à donf genre jsuis une modeuse !
    Merki stelda !!

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    1. Léonard n'est pas très connu alors je suis contente si je te donne envie d'en savoir plus en partageant mes coups de coeur et mes coups de gueule :). Merci, Pipou!

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  8. Tu vois c'est marrant parceque j'ai suivi des cours en même temps que lui. Et réellement nous trouvions toutes qu'il travaillait comme un fou ce garçon, mais que malgré tout ce travail le résultat n'était pas très heureux.... Je n'ai jamais chagé d'avis, même s'il a gagné en harmonie et en chic. Pour être le nouveau Saint Laurent, il faut avoir le sens de la couleur et du mouvement, pas seulement un joli minois qui passe bien dans le milieu.

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    1. Je pense qu'on peut être un excellent technicien, faire des toiles impeccables et ne pas avoir le sens de l'harmonie des tissus ou ne pas avoir de souffle propre. Comme un écrivain qui a des tournures impeccables mais pas d'âme. C'est très mystérieux...

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  9. Je viens juste de regarder les deux vidéos. et je crois ce que tu as dit : "Simoens n'aimait pas Léonard". Comme si cette collection était juste un appel du pied ou une candidature spontanée pour Chanel ou Balmain. Je crois que tu dois avoir un rayon X intégré, je vais t'appeler Stelda le médium de la mode. )

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    1. J'ai vraiment ressenti ça, c'est drôle, hein ?
      Waouh! Merci, Eudoxie :DDD. Tu vois mon big big big smile, là ?

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  10. Tes articles sont tellement instructifs en matière de mode. Un vrai régal :)

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